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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

« Le palais d’Orsay. Une autre histoire du XIXe siècle », d’Hélène Lewandowski

Julien Vercel

Le récit Hélène Lewandowski paru aux éditions Passés composés en 2020, sur les divers projets, affectations et tentatives d’affectation du palais d’Orsay, depuis le « rêve de Napoléon » en 1808 jusqu’à l’inauguration du musée consacré à l’art du XIXe siècle en 1986, est particulièrement savoureux et révélateur des errements dont est capable le sommet de l’État.

Bien sûr, les changements de régime ont pesé lourd dans cette histoire chaotique et hésitante, car notre pays a connu l’Empire puis la Restauration, la Monarchie de juillet, la République, encore l’Empire et la République à nouveau... en plus d’un siècle, les chefs d’État et d’administration  ont donc tenté d’investir le chantier du palais d’Orsay.

Tout commence avec Napoléon qui veut faire de Paris la plus belle ville du monde et décide de construire un palais pour le ministère des Affaires extérieures. Mais les défaites militaires raréfient les crédits si bien qu’en 1814, les murs du futur palais s’élèvent à moins de 2 mètres du sol. Suit une période d’incertitudes où le chantier est abandonné et les « ruines » se dégradent. On envisage d’y loger la Cour des comptes et la Cour de cassation, le ministère de la Marine, l’administration des Postes, voire d’y transférer la Chambre des députés... bref, comme l’écrit Hélène Lewandowski, « le palais d’Orsay est renvoyé à son statut de chantier encombrant sans destination ». Après un projet de vente, on revient à une affectation au ministère des Affaires étrangères, mais la valse continue : on pourrait y mettre le musée des produits de l’Industrie, l’administration du Commerce et de l’Agriculture, celle du Commerce et celui des Finances, l’École des Mines et le musée de minéralogie !

Finalement, c’est la Cour des comptes et le Conseil d’État qui l’emportent et s’y installent respectivement en 1840 et en 1842... jusqu’à l’incendie du palais lors de la Commune, le 23 mai 1871. Le retour aux « ruines » rouvre la période d’incertitude : faut-il tout raser comme les Tuileries ? Vendre le terrain ? Y loger l’administration du Télégraphe comme le réclame le ministre des Travaux publics ? Le musée des Arts décoratifs ? Ou y créer un lycée de jeunes filles comme l’imagine le ministère de l’Instruction publique et des Beaux-arts ? Le projet de la Compagnie des chemins de fer d’Orléans en 1896 met fin aux tergiversations au nom de la bonne marche des affaires : il faut faciliter l’accès direct au centre-ville en le reliant à la gare d’Austerlitz trop excentrée.

L’épilogue est mieux connu : le trafic ferroviaire s’arrête en 1959. En 1973, la gare et l’hôtel sont inscrits à l’inventaire des monuments historiques avec le projet de la convertir en musée, projet qui avait déjà été envisagé par l’Assemblée nationale en 1891, mais repoussé ensuite par le Sénat.

Avec cette riche histoire, Hélène Lewandowski poursuit son étude du Paris du XIXe siècle qu’elle avait commencé avec la La Face cachée de la Commune (Cerf, 2018) et nous rappelle combien un « fait du prince » initial peut devenir encombrant en régime démocratique. Reste à l’historienne à retracer les destinées d’autres projets qui ne relèvent par forcément du seul « fait du prince », mais de ce que Guillaume Erner appelle des Superfail, lorsque le XXe siècle n’a rien à envier au XIXe. Au hasard : la Gaité lyrique transformée en éphémère parc d’attraction (1989) avant de devenir un centre culturel pour les arts numériques et les musiques actuelles (2011) ou, plus grandiose encore, les abattoirs de La Villette (1867) à la reconstruction anachronique inachevée (1967) et reconvertis en parc culturel (1987)...

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