Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

Rédac'
Les auteurs de la dernière livraison de la revue du Grand orient de France, Humanisme (n° 312, août 2016), ont choisi de camper sur des positions modernes, en héritage assumé des Lumières, contre les attitudes qualifiées de post-modernes.
Présenté par Samuel Tomeï, le dossier est animé par Marc Riglet. On lira d’abord, sous la plume de Roland Desné, un extrait du chapitre IV de L'Histoire de la Philosophie française au XVIIIe siècle, dirigée en 1972 par François Chatelet.
Charles Coutel souligne ensuite l’apport de Kant et de Condorcet. Dans un entretien avec la rédaction, Serge Déruette revient sur le curé Meslier, prêtre athée, apôtre de la critique religieuse. Quant à François Chauvin, il avance vers l’époque romantique pour évoquer le souvenir de Paul-Louis Courrier (1772, 1825), « le pamphlétaire assassiné », qui fut un grand styliste de la langue française. Marc Riglet règle son sort à « la misère de l’idéologie post-moderne » et exécute au passage scandaleusement Michel Foucault en quelques lignes. Philippe Foussier traite enfin de ce qu’il considère comme « la lente déconstruction de la citoyenneté républicaine », juste avant que Mathieu Bock-Côtés s’en prenne à la logique dite de « l’accommodement raisonnable » à l’anglo-saxonne et au « multiculturalisme identitaire », jugés peu démocratiques. Des notes de lecture complètent le numéro, dont certaines sont liées au dossier.
On lira également, avec une interview du Grand maître Daniel Keller, plusieurs autres articles : une réflexion sur la société civile (Jean-Michel Muglioni), un retour sur le centenaire jugé scandaleusement traité de la bataille de Verdun (Jean-Pierre Sakoun), la conquête du sens caché dans le Big data (Hervé Cuillandre), la nécessité de restaurer la dimension politique de la République (Alexandre Dorna).
Sans doute est-il bon que la pensée post-moderne, passablement molle, très prisée de certains maçons, dont les auteurs du numéro ont eu la charité républicaine de ne pas citer certains, soit mise en cause et critiquée dans ses fondements souvent réactionnaires. Mais encore faudrait-il ne pas se contenter de revenir sur de l’archi-connu et poursuivre, pour notre époque, une réflexion sur la permanence de l’idéal d’émancipation des Lumières et sur l’universalisme non comme acquis, mais comme horizon. Rien n’est dit des femmes, on s’en étonnera à peine, rien des tensions nées du passé colonial, ni du développement du libéralisme dans sa dimension économique aliénante. Ce n’est pourtant pas renoncer aux Lumières, bien au contraire, les recherches de Stéphane François que ce blog et notre revue Critica masonica ont relayées en témoignent, que de s’inspirer de la pensée plus que féconde, réflexive, opérative de Foucault par exemple Et c’est aller un peu vite en besogne que de renvoyer à la postmodernité tout ce qui a avancé dans un autre horizon culturel que le nôtre et en serait ipso facto suspect.
On ne prendra pas argument du fait que ce numéro reprenne une circulaire adressée aux loges par le Conseil de l’ordre en 1916, pièce historiquement fort intéressante, pour conclure que cette livraison exhale un parfum de IIIe République.