Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.
15 Décembre 2018

Arsène
Il existe un courant, vieux comme le christianisme ou presque, qui veut que le message chrétien soit en partie visible (exotérique) et en partie invisible (ésotérique). À l’heure où cette religion est très affaiblie, ce que ce blog a largement démontré, il n’est pas exclu que ce versant ésotériste, riche en développements imaginaires, bénéficie d’un certain regain.
Ce que nous proposent aujourd’hui les éditions Gutenberg Reprint sous le titre : Le Vulnéraire du christ, la mystérieuse emblématique des plaies du corps et du cœur de Jésus-Christ relève d’un véritable feuilleton. En effet, l’auteur Louis Charbonneau-Lassay qui avait publié en 1940 un Bestiaire du Christ, est mort en 1946. Les stocks de son ouvrage furent accidentellement détruits pendant la guerre, mais il y eu pire, car le manuscrit que l’on retrouva à son décès sur Le Vulnéraire du Christ fut égaré et jamais retrouvé. Les éditeurs, Paolo Zoccatelli qui signe l’avant propos de cette édition et Gauthier Pierozac à qui l’on doit la préface, ont retrouvé le plan de l’ouvrage et quelques archives, documents à partir desquels ils ont tenté de reconstituer le livre perdu.
Rappelons que l’un des sens du mot « vulnéraire » tient en la guérison des plaies et des blessures par les plantes. Autour de cette thérapie qui constitue un savoir faisant l’objet d’une transmission discrète, s’est greffée une symbolique qui fut notamment construite par les confréries hermético-mystiques de la fin du Moyen âge et qui semblent avoir encore aujourd’hui quelques adeptes dont certains seraient membres de l’Estoile internelle ou des Chevaliers du Paraclet et qui relie ces préoccupations à la tradition gnostique, assise sur une connaissance cachée, dans le cas du catholicisme transmise par l’esprit sain, figuré par une colombe. L’ouvrage de 458 pages est remarquablement illustré (pas moins de 359 gravures sur bois dont certaines sont de la main de Charbonneau-Lassay et 32 planches hors texte). Il est vendu 45 euros.
Quant à l’auteur dont l’ouvrage est reconstitué, né en 1871, on découvrira ce que fut son parcours. Il fut membre au début du XXème siècle de la congrégation de frères de Saint Gabriel à Loudun, fondée en 1715 sous le titre, justement évocateur, des Frères du Saint-Esprit. Il y enseigna pendant une dizaine d’années, tout en se passionnant pour l’archéologie. Il s’en éloigna, sans rupture idéologique, pour se marier tardivement en 1929, croisa René Guénon et d’autres insatisfaits du message officiel, mais demeura un chrétien « orthodoxe ». L’ouvrage passe en revue, en étudiant une à une les cinq plaies du Christ, à la fois la tradition picturale et la richesse de l’héraldique, ainsi que les analogies entre les plaies et les plantes, ce qui ravira les amateurs de christianisme ésotérique, grâce notamment à la masse de références fournie par les éditeurs que l’on peut créditer d’un travail de titans qui nous permet de suivre également la généalogie des organisations et des publications.
Pour référer à ce que sera le travail d’Adon Qatan dans le numéro 13 de Critica masonica, à propos de L’Invention de Jésus de Bernard Dubourg, écrit en 1987, on mesurera ici ce que fut, et demeure pour partie, l’inventivité des croyants.