Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.
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Bruno Rochette
Publié à l’Harmattan, sous l’égide de l’Institut François Mitterrand, ce petit ouvrage des plus sérieux fera cependant sourire lectrices et lecteurs. Dans sa présentation, Gaétan Gorce rappelle combien l’ancien Président de la République était passé maître dans l’exercice de la parole politique.
Paul Bacot commence par expliquer que la maîtrise de l’expression constitue « un prérequis de la crédibilité politique ». D’où l’intérêt de traquer le lapsus qui fend l’armure. Les textes qui suivent sont ceux qui ont été sélectionnés dans un appel à contributions analysant les gaffes, leur contexte et leurs conséquences. Six propositions ont été retenues pour cette publication. On regrettera simplement qu’aucun texte sur l’extrême et l’ultra-droite (s’il existait) n’ait été choisi.
Christian Plantin s’attaque à la question en analysant les stratégies de réparation des gaffes qui peuvent être multiples, en construisant une typologie complexe que l’on peut ici résumer : rejet de l’accusation (déni), rejet de la responsabilité, réduction du dommage, action compensatoire, auto-mortification, tout cela devant souvent être géré dans l’urgence.
Juliette Bresson est allée scruter sous le surtitre : « Les maux pour le dire », la manière dont les néo-députés macronistes, issus pour la plupart de la « société civile » ont été confrontés aux difficultés de la parole politique parlementaire, au point que nombreux sont ceux qui ont pu souhaiter un nouveau mandat, sur ce simple aspect de la maîtrise d’une parole risquée.
David Descamps et Agathe Foudi ont traqué pour leur part les lapsus de l’identité socialiste, l’emploi du terme « camarade » au lieu de « collègue » ou de « section » pour « séance » constituant deux exemples parmi d’autres. Bien évidemment, certains se sont amusés à invoquer un certain Sigmund Freud…
Il eût été étonnant que le langage de Jean-Luc Mélenchon ne fût pas étudié dans cet ouvrage. C’est Valentin Soubise qui s’est chargé de « cette langue politique transgressive ». Dans ce cas précis, il est souvent difficile de savoir si un mot ou une expression contestés ont dépassé la pensée du chef charismatique des insoumis, ou s’il s’est agi d’une stratégie de provocation. Parallèlement les analyses psychologiques de l’orateur vont bon train à chaque occasion, et ces occurrences sont nombreuses.
Christian Le Bart a choisi de traiter des gaffes de la présidentielle de 2022, notant qu’elles sont alors apparues, ou se sont pour le moins confirmées, comme un objet légitime de science politique, qu’il s’agisse de dérapages de langage ou de comportement. L’auteur termine son article en notant la difficulté qu’il y a à mesurer la réalité de leur impact.
Cédric Passard plonge enfin dans l’histoire, avec Jules Ferry et le Tonkin. L’un des pères de la laïcité française dont la politique coloniale était contesté à droite comme à gauche et qui fut l’homme le plus caricaturé de son temps, vit son cabinet renversé en 1885, après l’annonce d’une défaite des militaires français qui l’aurait fait rire.
Dans sa conclusion, Yves Déloye reprend les interprétations politiques du lapsus. Il les situe à trois niveaux : caractéristiques sociales et politiques ; moment temporel ; mise en récit.
Bien des journalistes liront avec profit cet ouvrage qui leur permettra d’enrichir leurs commentaires, tant le lapsus et la gaffe en politique sont promis à un bel avenir, nous proposant quelques sourires bienvenus.