Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.
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Jean-Pierre Bacot
Ce numéro 689 du magazine national de la Libre pensée comporte un grand nombre d’articles brefs, avec une double dominante : l’état du cléricalisme catholique dans le monde. Toujours rien sur l’Islamisme (sauf pour un soutien aux femmes afghanes) et les fondamentalismes protestants. Autre thème, des charges contre l’orientation actuelle de l’Europe occidentale, accusée de relever d’une Europe vaticane, alors même que l’on sait que les déterminations religieuses individuelles et collectives pèsent de moins en moins, que cela soit en terres anciennement catholiques ou jadis protestantes.
On regrettera que la question de la critique interne de l’Église, version fondamentaliste, ne soit qu’évoquée avec l’excommunication d’un prêtre italien qui avait qualifié le Pape François d’ « usurpateur » et de « franc-maçon ». En effet, dans une Église en déshérence, le poids relatif des nostalgiques de la messe en latin va croissant.
Quant à s’en prendre à l’orientation actuelle d’une Europe capitaliste, il faudrait prendre en compte l’état des forces politiques dans les divers pays qui la composent et réfléchir aux raisons d’une déshérence des forces d’opposition. À ce titre, le papier sur « Idéologie et émancipation chez Lucien Sève » (1926-2020), par Bastien Castillo, se termine par une idée simple : l’émancipation collective viendra de la réalisation des émancipations individuelles. Par quel mouvement qui ne soit pas grippé ? La question est d’importance. Il conviendrait d’y réfléchir sérieusement si l’on veut éviter une sorte de confort intellectuel millénariste. En un mot, comme en cent : attendre la Révolution, comme d’autres attendent le Messie. Ce qui nous ramènerait peut-être d’ailleurs à ce que fut l’imaginaire du Bund.
À ce propos, l’article le plus intéressant de ce numéro est celui que Jean-Marc Schiappa consacre justement à ce Bund (l’Alliance en langues Yiddish et allemande, Union générale des travailleurs juifs de Lituanie, de Pologne et de Russie). Ce parti d’obédience marxiste, antireligieux et antisioniste a été créé à Vilnius en 1897 pour dégager les travailleurs Juifs d’Europe centrale et orientale de l’emprise des rabbins, accusés d’être à la solde des Tsars.
En 1917, le Bund intégra des milices armées contre les pogroms, mais explosa l’année suivante entre partisans du nouveau régime russe et militants fidèles de la IIème internationale socialiste. Certains cadres deviendront des bons staliniens, avant d’être liquidés dans les purges antisémites de 1938. Le Bund se dissoudra en 1949, au moment de la création de l’État d’Israël.
Suivent un parcours cinéphilique d’Alain Vauchelles qui plaide pour les beautés du minimalisme, une interview de Jacques Rivaut, auteur d’un Ce n’était pas notre métier sur la guerre d’Algérie et un article de Nicole Aurigny sur la trilogie littéraire de Jules Vallès, l’enfant, le bachelier, l’insurgé, rappelant que l’écrivain ne fut pas tout de suite apprécie, les critiques ayant été globalement négatives à son décès en 1885, sans doute parce qu’il fut un des principaux acteurs de la Commune de Paris.