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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

« Le chaudron militaire turc - Un exemple de production de la violence masculine », par Pinar Selek

Jean-Pierre Bacot

Sociologue, militante féministe et antimilitariste, née en 1971 à Istanbul, Pinar Selek a été emprisonnée et torturée dans sa Turquie natale en 1998. Elle vit aujourd’hui en exil en France, a été condamnée par contumace à perpétué et a subi plusieurs menaces de mort. Son livre (publié aux éditions des Femmes – Antoinette Fouque, 2023), peu épais mais percutant, sur ce qu’elle appelle le Chaudron militaire turc étudie l’institution du service militaire masculin obligatoire comme outil de fabrication d’une violence masculine qui s’avère particulièrement sévère pour les femmes, les homosexuels et les trans. Comme elle a osé s’emparer parallèlement de la question arménienne, elle est actuellement particulièrement haïe de ce système.

Ce qu’elle appelle le « phallus sacré » est d’autant plus fort que, si la société turque évolue lentement, le service militaire casse cette progression. Humiliations individuelles et collectives, dépersonnalisation, ne sont supportables nous explique l’auteure que parce que, descendu au plus bas, le jeune homme sait ce qu’il y a encore au dessous de lui les femmes.

Rares sont les hommes qui ont la force morale de se sortir de ce chaudron. Ceux qui en échappent emplis de honte doivent ensuite se débarrasser de ce sentiment paralysant.

Pinar Selek critique également l’inscription contemporaine des régimes dictatoriaux dans le cadre économique néo-libéral. Du coup, on ne voit pas trop comment sortir de ce système oppressif. Mais il est déjà bien utile d’analyser de l’intérieur le fonctionnement du mal dans sa banalité écrasante et on ne peut guère compter que sur les féministes pour dénoncer si près de nous la violence extrême de cet espace turcophone. Ce n’est pas le seul, mais il y a peu, certains espéraient voir le pays intégrer l’Europe, aveuglés qu’ils étaient par le désir, fort légitime, des stambouliotes de sortir de leur malheur.

Il y a quinze ans, Pinar Selek écrivit un premier livre : Devenir homme en rampant. Depuis, elle fait partie de la famille des exilé-e-s et écrit : « Je continue à sonder les ténèbres. Et nos travaux vivent, se transforment. Pour montrer que nous sommes vivantes ».

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