Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.
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Jean-Pierre Bacot
Il fallait de l’audace pour mettre l’équipe d’une revue spiritualiste au travail sur l’esprit des jeux olympiques. Alors que le discours critique sur l’histoire et l’actualité de cette grande messe du sport s’est largement développé, hélas, trois fois hélas, sans grande efficience, on nous propose dans ce numéro un discours irénique sous le titre « résonnances olympiques » et l’invocation chère à certains maçons : « que la paix règne sur terre ! ».
Bruno Alberro, Francis Bardot, François-Xavier Cassel Jean-René Dalle, Annick Drogou, Jean Dumonteil, Gaston-Paul Effa, Pierre Lucet, Pierre Pelle Le Croisa, se sont mis à la tâche.
On apprend que Francis Bardot vient de fêter son jubilé (50 ans de maçonnerie dans la loge Thebah fondée en 1901 par des amateurs d’un certain surréalisme cosmique et martiniste, bref, un doux mélange qui attira René Guénon). Le signataire de ces lignes le suivra dans quelques mois. Respect, Francis. C’est lui qui conclut le numéro avec une défense et illustration de sa très chère franc-maçonnerie initiatique et de tradition (masculine ndlr). Avec cette citation, on comprendra le contenu de cette pensée : « La tradition est l’invisible, l’indicible et l’infini, lien qui permet aux pierres humaine de former la cathédrale de notre fraternité, le vide médian de nos pensées, le souffle infini qui murmure dans les échanges de nos êtres-au-monde, marqués de finitude, un idéal néo-monastique ».
On imagine la manière dont l’idéal olympique peut être décliné avec une telle approche, très loin du réel. Peut-être s’agit-il d’oublier ce qui est trop pénible et trop complexe à penser, mais avec un certain ancrage social cependant, comme en témoignent deux articles consacrés au golf. Rien sur la pétanque, qui il est vrai, n’est pas encore sport olympique.
Quand on se demande, peut-on construire un temple sans construire la paix ? La réponse est simple et affirmative. Depuis les Juifs et les Grecs, les temples ont été bâtis à la fois pour des dieux et contre d’autres hommes. Le temple maçonnique est un lieu de paix dans un monde en guerre.
Avec ses 15.000 frères, ses 700 loges et ses sept rites, la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique française, ne cesse de progresser doucement, dans cet univers post-religieux que la sociologie spécialisée néglige paresseusement, peut-être parce qu’elle répugne à voir son objet d’étude s’éteindre. La GL-AMF œuvre, comme d’autres, mais peut-être plus sérieusement, à rebours d’une double évolution : l’individualisation des croyances et des pratiques et la féminisation. Elle tient donc davantage d’un post-catholicisme que d’un post-protestantisme. Le goût de la revue pour les belles images ne l’inscrit certainement pas une tradition iconoclaste.