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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

« Au boulot ! » - Une facho chez les prolos

Jean Pierre Bacot

Après Merci Patron (2015), J’veux du soleil (2019) et Debout les femmes (2020), François Ruffin et Gilles Perret viennent de sortir un nouveau film, Au Boulot ! Il sortira dans les salles obscures le 6 novembre et bénéficie d’ici-là de projections avec les réalisateurs qui font salle comble et soulèvent l’enthousiasme.

François Ruffin a rencontré sur le plateau de l’émission « les Grandes Gueules » sur RMC l’avocate Sarah Saldmannn, spécialiste des provocations contre « les assistés, les feignasses » et autres noms d’oiseaux contre les pauvres, polémiste qui sévit également sur CNews. Il lui a proposé de venir travailler un mois avec celles et ceux qui trimaient pour 1 300 euros net pour cette durée, elle qui lorgne sur des sacs à 20 000 euros. Elle a accepté, après moult hésitation, mais pour une semaine seulement, qui plus est fragmentée.

C’est ainsi que fonctionne le film, la jeune réactionnaire va accompagner un jeune livreur de colis, emballer du poisson séché, aider à jeter des bouts de ferraille dans une déchetterie, assister une aide médicale à domicile pour la toilette d’un très vieux monsieur, donner à manger à des vaches, servir dans un restaurant où elle rencontre deux jeunes réfugiés afghans dans les cuisines et participer à une distribution de vivres du Secours Populaire.

Cette idée de la riche en visite active chez les pauvres fonctionne d’autant mieux que la principale intéressée oscille entre distance et compassion, maîtrise de soi et crises de larmes. Cela contribue à conforter François Ruffin dans son approche quant aux trajectoires de ses héros du quotidien, en proposant une vision à la fois sociale, sensible et incarnée des drames individuels. Le Député de la Somme réélu de justesse après une belle bataille dans les milieux que décrit le film, passe sans encombre au statut de cinéaste. Il réussit à construire avec son complice Gilles Perret un film très politique, sans jamais faire état de ses options précises, telles qu’il peut les décliner à l’Assemblée nationale, se mettant autant que faire se peut en retrait par rapport à ses personnages. La volonté de travailler des héros du film, même pour une bouchée de pain est patente, leurs difficultés tout autant, mais sans pathos. Les personnages du film jouent leur survie économique autant que leur estime d’eux-mêmes. L’efficacité du discours n’en est que plus forte.

On sait que Ruffin s’est détaché de la France Insoumise sur le plan de la forme (la gouvernance opaque), mais surtout sur le fond, les mélanchonistes orthodoxes ayant choisi de privilégier le vote des quartiers dits sensibles sur la base de critères identitaires, alors que le cinéaste veut contribuer à ce que revienne une conscience de classe. Devinez quel est finalement le plus marxiste des deux ?

Au surplus, le fait que le cinéaste se soit brouillé avec son actrice sur le fait qu’elle refusait de condamner les attaques israéliennes contre la Palestine, les qualifiant de « proportionnées », peut rassurer sur le fait que l’on peut à la fois défendre les pauvres en France, quelle que soit leur origine, et les Gazaouis mourant sous les bombes.

Le courant que Ruffin essaye de construire est d’autant plus original et probablement efficace qu’il marche sur deux pieds, l’action politique et la démarche artistique. C’est d’une volonté de reconquête de l’électorat populaire qu’il s’agit (pas au sens zémourien du terme !) en refusant de prendre acte que le petit peuple soit structurellement raciste et acquis à l‘extrême-droite et qu’il faille en conséquence l’abandonner à son triste sort.

Il reste à espérer que ce film extrêmement sensible trouve un large public, ce qui semble acquis au vu de son démarrage dans les avant-premières qui se tiennent plusieurs grandes villes de France. Quant à convertir les riches, c’est sans doute peine perdue. Mais ils ne sont pas si nombreux (se reporter pour cet aspect à notre critique parue récemment sur ce blog du livre de Gérard Mauger sur les classes sociales en France) et leur compréhension des ressorts de la pauvreté n’est pas la tâche la plus urgente.

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J
Merci des compliments<br /> <br /> N'hésite pas à nous faire passer des textes<br /> <br /> Frat<br /> <br /> JPB
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P
J'apprécie beaucoup vos éditos : à la fois concis et suffisamment descriptifs pour que l'on aille voir ou lire.<br /> Continuez à rassembler ce qui est épars.<br /> FRAT.<br /> JPP
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