Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.
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Jean-Pierre Bacot
Avant d’en venir à ce nouveau numéro très intéressant de la revue Réseaux, dirigé par Fabien Granjon (janvier-avril 2025), nous voudrions rendre hommage à Dominique Pasquier, récemment disparue d’une maladie foudroyante, le 8 avril dernier, à l’âge de 72 ans. Membre du comité de rédaction de Réseaux au sein duquel nous avons eu le plaisir d'œuvrer jadis, cette sociologue spécialiste des pratiques culturelles liées aux médias à travers de nombreuses enquêtes. Elle a notamment travaillé sur la Sociologie de l’art et de la culture, les pratiques médiatiques, les cultures juvéniles et numériques et les professionnels de la télévision. Elle était directrice de recherche au CNRS et membre du Conseil national du numérique depuis 2021.
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Ce numéro très riche part du fait que les divers pays européens ont mis en place ces dernières des réformes qui visent à dématérialiser les administrations et les services publics. Le fait de remplacer des personnes par des machines et des logiciels pose un certain nombre de difficultés qui ont été largement étudiées, mais essentiellement en langue anglaise, y compris par des chercheurs scandinaves. Fabien Granjon et les auteurs qu’il a mobilisés proposent dans ce numéro un état de l’art, certes partiel, mais qui permet de mettre en lien les topiques ou théories mobilisées avec les études de terrain.
Le sociologue, professeur à l’Université Paris VIII propose justement en introduction de poser des outils théoriques, face à une pluralité de logiques sociotechniques en action et une somme de difficultés de mise en œuvre dont souffrent les plus démunis. L’étude a été menée entre 2019 et 2021 pour le compte de l’Association pour l’histoire des télécommunications et de l’informatique.
Puis Nicolas Klein et Alexander Mathieu-Fritz s’intéressent à l’évolution du dossier médical partagé. Pauline Boyer étudie la mise en œuvre de l’open data au ministère de l’Enseignement supérieur. Ces deux univers ont été largement modifiés ces dernières années.
Quant à Samuel Goëta et Elise Ho-Pun-Cheung, il/elle ont enquêté sur un lieu de médiation numérique et sur le standard de données mis en route. Le déploiement d’un dispositif de conseillers numériques « France Services » sur les territoires est interrogé par Pierre Mazet.
Périne Brotcorne s’empare de la question des usagers numériques par défaut et des inégalités que creuse cette dématérialisation. Julie Tiberghien et Morgane Kuehni poursuivent dans le registre critique à propos de phénomènes de contrôle et de surveillance, ainsi que les pratiques de protection induites par l’introduction d’un logiciel de gestion dans les services sociaux.
Autre dossier crucial, celui de la négociation dans la « mise au travail » des chômeurs depuis la dématérialisation. C’est Martine Boeglin-Henky qui s’y emploie.
Dernier article, celui d’Anne Sylvie Pharabod et Céline Borelle, qui ont enquêté sur les pratiques administratives ordinaires en ligne, les usagers étant aux prises avec un numérique instable.
Une telle somme de réflexions s’avère particulièrement utile, dans la mesure où cette dématérialisation à marche forcée des administrations pose des problèmes à une bonne partie de la population, qu’il agisse de celles et ceux qui les mettent en œuvre ou de celles et ceux qui les subissent dans une logique parfois orwellienne.