Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.
11 Octobre 2025
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Julien Vercel
Dans Les hommes et le féminisme (éditions Textuel, 2023), Francis Dupuis-Déri affiche une prudence interrogative soulignée par le sous-titre « Faux amis, poseurs ou alliés ? » et par l’objectif de ce qu’il qualifie de « petit livre » : « Offrir quelques pistes de réflexion au sujet de ces hommes proféministes ». Le décrypteur du mythe de La crise de la masculinité (éditions du Remue-ménage, 2018) parcourt tous les profils d’un homme proféministe qui « est parfois complice, parfois allié, parfois auxiliaire et parfois pas féministe du tout ».
C’est ainsi qu’il s’intéresse aux « cas problématiques » de ces hommes proféministes (chapitre 2) que l’on qualifie de « nouveaux hommes » depuis le newman de la fin du XIXe siècle jusqu’aux « nouveaux pères » du début des années 1980. Or, quand ils n’affectent pas la structure même du pouvoir patriarcal, certains de ces « nouveaux hommes » ouvrent la voie au « mouvement des hommes » et au « mouvement des droits des pères », au discours sur la crise d’identité des hommes en raison de l’émancipation féminine et de la domination des femmes. Ces hommes se remettent ainsi au centre et s’approprient un récit dont ils étaient exclus : « Des dominants qui se réunissent à huis clos pour discuter d’eux-mêmes risquent de finir par se convaincre que ce sont eux les victimes de leurs subalternes ».
Dans les chapitres 1 et 3, l’auteur dresse la liste des raisons pour lesquelles les féministes accueillent volontiers les hommes dans leur lutte puis les raisons qui poussent les hommes vers le féminisme. Il conclut en rappelant les écrits de Simone de Beauvoir : « On ne nait pas proféministe, on le devient, et on se transforme en tant qu’individu au cours de ce processus, souvent impulsé par des femmes et des féministes de notre entourage ».
Enfin, toujours avec la même prudence, Francis Dupuis-Déri propose aux hommes proféministes « une boussole plus ou moins précise » en s’engageant dans un processus de disempowerment, c’est-à-dire de réduction du pouvoir exercé sur les femmes et de mise à disposition de son temps et de son énergie. Ce disempowerment ne consiste pas à diminuer sa faculté d’agir, mais à encourager l’empowerment des femmes. Cette « boussole » se décline en quelques pertinentes maximes dont, notamment, « laissons leurs luttes aux féministes : toujours se rappeler que ce sont avant tout les luttes des femmes, et non les nôtres », « rappelons-nous que si nous comprenons peut-être le patriarcat, ce sont les femmes qui le subissent », « choisissons l’écoute active plutôt que la surdité défensive », « briser la solidarité entre mâles »… Les autres maximes sont à découvrir en conservant cette idée générale : « L’égalité suppose que les hommes perdent leurs privilèges et leurs avantages, leur position de dominant et les possibilités d’exploiter des femmes individuellement et collectivement ».