Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.
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Jean-Pierre Bacot
À quoi sert-il donc de savoir, si rien ne change ? Après lecture du remarquable ouvrage de Laurent Mauduit paru à La Découverte (22 euros), on se trouve hébété, ébahi par le nombre de situations décrites pour exemplifier les relations étroites établies entre le patronat français et le Rassemblement National, voire Reconquête. Le néofascisme est en place.
Depuis 2007, l’extrême-droite est devenue fréquentable et les rencontres se sont multipliées avec les ténors du CAC 40, comme avec les PME (legs du poujadisme, note Mauduit). Rares sont les dirigeants économiques qui ont échappé à la règle, la plupart étant eux-mêmes idéologiquement marqués.
Quant à la comparaison avec les fascistes d’il y a presque un siècle, l’auteur s’appuie sur les travaux de Johann Chapoutot et particulièrement sur son dernier livre, Les Irresponsables (voir notre article), notant le reprise, évidemment transposée, du trop fameux « Mieux vaut Hitler que le Front Populaire ».
L’un des intérêts de cet ouvrage est de montrer par exemple comment M. Bolloré reprend à son compte la stratégie qui fut celle des patrons de presse allemands pour acclimater leur lectorat à la pensée nazie.
Laurent Mauduit étudie aussi le rôle et le fonctionnement de certain-e-s conseiller-ères comme Anne Méaux, ancienne du GUD, groupement étudiant d’extrême-droite, Sophie de Menthon, Alain Bauer ou Xavier Laufer, qui continuent à œuvrer comme médiateurs, même s’ils ont été condamnés.
La situation n’est pas pour autant totalement stabilisée, dans la mesure où le RN n’est pas encore convaincu des bienfaits du libertarianisme débridé, tel qu’il règne désormais aux USA, attaché qu’il est encore au néolibéralisme.
Ce que l’auteur appelle « la mafia libertarienne » s’est constituée avec l’expérience Pinochet au Chili et la naissance d’un capitalisme sans démocratie, avec l’émergence parallèle d’un techno-fascisme, touchant pour bonne part aux méthode de contrôle des populations.
Les accointances de certains grands patrons avec le Trumpisme annoncent des temps réfrigérants. Faudra-t-il se réfugier en Allemagne où les grands dirigeants économiques semblent mieux se souvenir de leur passé honteux que leurs homologues français ?
L’une des passerelles transatlantiques pourrait être l’attachement des néofascistes Américains et Français à un catholicisme intransigeant (voir notre article), porteur de valeurs réactionnaires, autour du thème de la défense de l’Occident chrétien.
S’il est minuit dans le siècle ? Ainsi s’interrogeait Victor Serge en 1939 (réédition Grasset, 2009). La nuit tomba et le brouillard s’installa, car peu nombreux furent celles et ceux qui l’écoutèrent. Combien sont-ils aujourd’hui à savoir ce qui se passe et en se laver les mains ?
Le patronat français fut dans sa grande majorité favorable à Pétain et même à Hitler. La documentation est surabondante. Si certains en doutent encore, Laurent Mauduit, fils et petit fils de déporté leur aura peut-être ouvert les yeux.