Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.
Les Chevaliers du Travail
« Le grand principe des Knights of Labor? La solidarité entre les travailleurs de toutes les classes de la société, sans distinction de sexe, de race, de religion. Son but ? La recherche des moyens les plus propices à améliorer le sort des ouvriers. La Chevalerie a une connotation sociale, donc, mais basée sur une démarche initiatique, s’inspirant de Rituels.
À la différence des syndicats qui se créaient alors, elle refuse tout corporatisme, entendant se préoccuper de la classe ouvrière dans sa globalité. Elle regroupe des travailleurs non qualifiés, des professionnels jouissant de privilèges, et « des catégories sociales non capitalistes »,
comme l’écrit Maurice Dommanget (1888-1976), le seul historien français qui se soit intéressé à cette organisation.
Tous ses membres sont brassés dans les mêmes assemblées. Hors la Franc-Maçonnerie, c’est une novation de taille. La Chevalerie est aussi lieu de sociabilité, dans cette Amérique en plein bouleversement. Enfin, le secret de l’appartenance offre à l’affilié la garantie de la discrétion sur son engagement, pour échapper au maximum à la répression patronale et gouvernementale. Mais le secret est multiple, car la Chevalerie impose aussi un secret rigoureux à ses affiliés, pour les souder, frapper leur imagination ». (Source: Denis Lefebvre in La Chaîne d’Union N°62 de 2012).
Sont aussi très bien décrits les Hobos qui sont souvent des IWW:
« Aux États-Unis, le terme hobo désigne un travailleur sans domicile fixe se déplaçant de ville en ville, le plus souvent en se cachant dans des trains de marchandises, et vivant de travaux manuels saisonniers et d'expédients. Le terme pourrait se traduire par « vagabond ». Ce type de vagabondage est appelé hoboïsme. » (Source: Wikipédia).
En lisant les pages du roman, je me suis retrouvé plongé littéralement dans les romans de Jack London (qui est un des personnages cités dans ce roman), notamment « Les Vagabonds du Rail » que racontait si merveilleusement Claude Villers dans son émission « Marche ou Rêve ». Ce fut un réel bain de jouvence Je ne veux pas trop déflorer cet ouvrage qui vous emmène loin sur bien des chemins, mais sachez qu’on y rencontre Marx, Bakounine, Emma Goldman et son compagnon Ben Reitman, Eugene Debs (qui va se présenter aux élections présidentielles aux USA sous le drapeau du Socialist Parti of America), Daniel De Leon, Mamma Jones, James Connolly le futur leader pour l’Indépendance de l’Irlande, John Reed, Georges Sorel, Émile Pourget et sa théorie du « sabotage ». Dans le mode de la Révolution prolétarienne, cela fait quand même du monde et du beau monde!
L’ouvrage se termine un peu après la Révolution bolchevique de 1917 et montre que les Soviets ont fait école aux USA et au Canada. La fin est « morale ». On retrouve les idées du romancier italien decédé en 2022. On constate que la lutte des classes est éternelle, tant que le conflit d’intérêts continuera d’exister entre prolétaires et patrons. Et que jamais, même la répression la plus féroce ne peut faire disparaître le syndicalisme authentique qui ne peut être que « Révolutionnaire dans ses aspirations ». Il y a plusieurs sortes de victoires pour le Mouvement ouvrier organisé: parfois ne pas disparaître, survivre pour continuer la lutte continuer la lutte en est une, indéniablement.
Publié en Italie en 2012, Briseurs de grève. Traduction Libertalia, 2020, 519 pages, 18€ est le troisième roman de la Tragédie américaine de Valerio Evangelisti, après Anthracite, 2003, traduction Payot & Rivages, 2004 et Nous ne sommes rien, soyons tout, 2004, traduction Payot & Rivages, 2008.
Nous remercions l’auteur, rédacteur en chef de la revue La Raison de nous avoir autorisé à reprendre cette recension parue dans le numéro 707 (janvier 2026).