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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

Briseurs de grève de Valerio Évangelisti. (partie 2/3)

Valerio Évangelisti

Valerio Évangelisti

Le personnage du roman n’hésitera pas à faire le « Jaune », et le coup de poing, voire même leur tire sur les ouvriers pour complaire à ses commanditaires. Aucune bassesse ne lui sera interdite, venu de la fange, il s’y vautrera allègrement sans aucun remords ni regret. La seule chose qui compte, c’est l’épaisseur de la liasse des billets qu’il reçoit en rétribution.

 

Sur le plan personnel, sa vie est un désastre sans fond, comme le tonneau de whisky qu’il écluse « pour tenir » et qui le détruit. C’est une descente aux enfers, parfois freinée, mais jamais véritablement interrompue. Il réussit péniblement à fonder une petite famille qu’il détruira quasiment méthodiquement. Sa femme mourra, sa fille aussi du fait de son fils qui l’avait enfermée pour la surveiller et qui la laissera mourir de faim dans une situation où l’horreur le dispute à l’abject.

Il retrouvera une compagne, qui avait été une proche de sa fille. Il l’insultera, elle partira et ne le reverra jamais, même s’il la poursuit d’une haine tenace, pour avoir osé le quitter. Elle deviendra une Syndicaliste révolutionnaire, ce qui renforcera sa haine. Il est l’inverse du Cid de Corneille, toujours plus seul et parti de pas grand-chose pour arriver à rien. C’est le néant absolu. Il y a du Zola dans ce roman qui montre, en contre point, la misère sociale la plus absolue. Son fils, qu’il ne tenait pas en haute estime, deviendra même son supérieur en le méprisant allègrement.

 

L’ordre, la religion, le capitalisme et la patrie comme horizon indépassable

Il y laissera sa santé, mais sans cesse poursuivra son action antirévolutionnaire, sans jamais avoir la moindre conscience de ce qu’il fait et de la cause qu’il sert réellement. Les compliments des patrons des agences de détectives, comme Pinkerton que l’on ne cesse de croiser dans ces pages, lui servent de quitus moral. Ces « convictions » sont: l’Ordre, la Religion, le Capitalisme, la Patrie. On voit dans ce roman prenant que ce sont ces agences de mercenaires antisociaux, comme l’Agence Burns, qui vont devenir le FBI; le Capitalisme exigeant alors que la répression des grèves soit « œuvre d‘État » et non plus privée avec les fonds patronaux.

Un responsable d’une autre agence de briseurs de grèves donnera la solution: « Je peux utiliser la moitié de la classe ouvrière pour éliminer l’autre »… Il faut « quelque chose qui ressemble à une guerre, pour établir si un entrepreneur a ou non le droit de gérer sa propriété sans perturbateur d’aucune sorte ». Et on voit bien que la notion de « légalité » est à géométrie variable, selon qu’il s’agisse des intérêts des patrons ou de ceux des ouvriers.

Ce qui est vraiment fabuleux dans ce roman, c’est que c’est une véritable page d’Histoire du Mouvement ouvrier Nord-Américain, on apprend beaucoup et on ressent bien le quotidien des travailleurs. Les Chevaliers du Travail (Knight of Labor) sont très bien décrits, avec leurs Initiations, leurs rituels, mots et signes, le secret et leur symbole des cinq étoiles, ce qui intéressera sans nul doute les Francs-Maçons qui liront cet ouvrage. Selon le roman, l’une des épreuves, avant de procéder au rite d’initiation et pour démasquer les éventuels infiltrés travaillant pour la police et les patrons était de leur faire boire jusqu’à trois litres de bière pour leur délier la langue.

Ils serviront de matrice d’origine aux Wooblies (IWW) qui s’inspireront d’eux sur beaucoup de plans. Leur devise: « Un tort fait à l’un est un tort fait aux autres » sera aussi repris par les IWW, ainsi que leur chant, The Red Flag (le Drapeau Rouge). L’importance des chants est bien décrite pour souder les rangs des militants et leur communiquer une force. Ils diront aussi: « Le Syndicalisme se suffit à lui-même », ce à quoi répondra Rudolf Rocker éminent anarchiste d’envergure: « Rien ne se suffit à soi-même, même Dieu a besoin de compagnie au ciel ».

à suivre ...

Nous remercions l’auteur, rédacteur en chef de la revue La Raison de nous avoir autorisé à reprendre cette recension parue dans le numéro 707 (janvier 2026).

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