Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.
Jean-Pierre Bacot
C’est le nouveau rédacteur en chef de la revue de la Libre Pensée, Pierre-Yves Modicom, universitaire, professeur de linguistique allemande, qui signe l’éditorial de ce n°351 consacré aux textes fondateurs qui ont amené le parlement français à adopter en 1905 la Loi de séparation des Églises et de l’État.
On pourra ainsi lire des contributions d’Aristide Briand, Jean Jaurès, Ferdinand Buisson, Alexandra David Néel (sur la situation religieuse au Japon), mais aussi de Jean-Marc Schiappa sur ce que fut l’application de cette loi en Algérie. L’auteur considère que la liberté de conscience est contradictoire au colonialisme et que si la laïcité avait été offerte aux « indigènes », le système aurait explosé. Cet article est d’autant plus intéressant que la plupart des grands laïques français furent de fieffés colonialistes. Un numéro de la revue sur cette douloureuse question serait utile. C’est en effet la gauche laïque qui a largement porté la démarche coloniale.
Christian Eyschen s’attache pour sa part à comparer la loi française de 1905 et le premier amendement de la constitution des États-Unis de 1791. Si l’idée originelle était la même, les conséquences sociales auront été radicalement différentes, ne serait-ce que parce qu’outre-Atlantique il ne se passa jamais de « guerre laïque » et que le In God we trust reste surdéterminant. Il y a là une belle démonstration de la laïcisation post-catholique et de la sécularisation post-protestante.
Luis M. Mateus et Ricardo Alves font le point sur un siècle de laïcité au Portugal. Depuis 1976, la Lusitanie vit aujourd’hui sous un régime hybride de « séparation avec coopération », situation contre laquelle le mouvement laïque portugais milite activement, en s’appuyant sur l’évolution de la société et le recul du catholicisme pour s’approcher d’une situation à la française.
Louise Ferté nous présente ensuite la figure d’Edgard Quinet (1803-1875), écrivain et philosophe un peu oublié aujourd’hui, mais qui fut le principal acteur d’une première Libre Pensée organisée. Ses œuvres complètes comptent pas moins de 30 volumes ?
Pour ouvrir la partie magazine, Clément Denuit prend parti pour une laïcité révolutionnaire à propos d’un ouvrage de Christophe Miqueu qui vient de paraître aux éditions Le Bord de l’Eau : Aux sources de la République laïque, l’école du peuple, entre ordre et révolution. Il s’agit pour l’auteur, de promouvoir une laïcité d’émancipation assise sur une fraternité rationnelle et matérielle qui remplace une « communauté spirituelle ».
Dernière contribution au thème, celle d’Isabelle d’Artagnan, à propos des textes du libre penseur allemand Max Sievers (1847-1944) qui réussit à fédérer plus de 600 000 personnes entre 1925 et 1933, avant de s’exiler, puis de faire partie de la Résistance intérieure, ayant été déchu de sa nationalité. Il fut décapité par la Gestapo en 1944.
À signaler également dans ce numéro, également dans la partie magazine, un article de Philippe Malby sur Bob Marley (1945-1981) dont il juge l’héritage non seulement musical, mais aussi idéologique et sociétal. Jamaïcain, métis, le futur créateur du reggae vient très jeune aux États-Unis où il fréquente des musiciens qui puisent dans le panafricanisme et une inspiration rastafariste inspirée de l’Éthiopie à forte connotation biblique. Il revient ensuite en Jamaïque et fonde avec Peter Tosh et Bunny Wailer un trio vocal, the Wailers qui deviendra célèbre, dont les textes dénonceront sans cesse l’injustice et dont les musiques installeront un monde sonore reconnaissable entre tous. Il mourra à Miami, mais sera enterré dans son pays natal.