Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.
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Jean-Pierre Bacot
Rédacteur en chef du Rocambole, Jean-Luc Buard est l’un de ceux à qui les amateurs de littérature et de presse populaires, dans leur double composante de textes et d’illustrations, devraient ériger une statue. Année après année, il cherche, écrit, publie, s’adaptant qui plus est aux conditions d’édition des produits spécialisés, de plus en plus délicates.
Viennent en effet de sortir sous sa direction et chez sa petite maison d’édition, dans une belle édition reliée, trois volumes reprenant les Contes et Variétés publiés dans les suppléments hebdomadaires illustrés du Petit Journal, du Petit Parisien, et du Matin. Ce furent trois grands quotidiens populaires de l’entre deux siècles, XIXème et XXème (Marie Palewska a largement participé au travail sur le Matin, 1901-1942). Deux niveaux de lecture sont possibles : l’accès direct aux Contes ou Variétés avec en ligne de mire de belles découvertes et un regard sur les conditions et limites de la recherche et de l’établissement des textes qui intéressera le monde des chercheurs.
Suivront bientôt des ouvrages de même nature consacrés aux illustrations de Une de ces suppléments, sous le titre L’Album. Cette composante iconique ne doit pas être oubliée, d’abord pour son intérêt esthétique évident et son aspect délicieusement vintage, mais aussi parce qu’elle a constitué un élément central du processus de conservation, voire de collection, de la presse populaire, avec souvent des reliures d’époque.
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Un tel travail a été rendu possible par la récolte des titres concernés, patiemment recherchés, mais surtout grâce à l’immense travail de numérisation réalisé par la BNF depuis 1994, avec cette étape qu’a constitué en 2007 la mise en place de la bibliothèque en ligne Gallica. Le rythme est désormais intense avec un million de pages numérisées par mois. Jean-Luc Buard est l’un des premiers à avoir montré dans ses travaux à dimension épistémologique - depuis sa thèse sur Marie Aycard publiée en 2019 - le bond que cette évolution technique avait permis pour la recherche, étant donné que la règle d’or fonctionne implacablement, selon laquelle plus un support est populaire, moins il est conservé.
Il est à relever que dans ce milieu érudit, les petits éditeurs ne se font pas concurrence. En témoigne un catalogue général qui vient d’être publié, qui propose le détail des textes publiés entre 2017 et 2025 dans diverses collections. Maurice Level, Maurice Leblanc, René Pujol, Marie Aycard (qui est un homme), Marius Monnier, André Laurie, Maurice Renard, Adolphe Bélot, Jean Richepin, Fortuné du Boisgobey, une femme : Lucie Delarue-Mardrus, et tant d’autres, voient leurs textes désormais accessibles. Des écrivains étrangers ont également été traduits pour les Suppléments hebdomadaires des quotidiens, et pas n’importe lesquels : Hans Christian Andersen, Bret Harte, Nathaniel Hawthorne, Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, Edgar Poe, Léon Tolstoï, Mark Twain. L’éventail est large.
Parmi les éditeurs spécialisés, tous animées par des passionnés, A&D (Archives et documents, Maison Buard), Encrage (Maison Alfu), les Moutons électriques, le Visage vert, Bibliogs et le Rocambole, vaisseau amiral, ont été de la partie. Un autre éditeur Jacques Olliveau, responsable de Mi Li Ré Mi, qui avait prêté son concours à l’opération vient hélas, de disparaître prématurément.
C’est aussi une dimension archéologique qui marque ce travail d’édition très soigné, dans la mesure où ce qui constituait la lecture des couches populaires alphabétisées était resté sinon inconnu, mais en tout cas très incomplet, largement enfoui. Un écrivain, comme Georges Darien (1862-1921), commence à peine à sortir de l’oubli, grâce à Omnibus qui a publié un fort volume de ses romans en 1994; certains textes de Jean Meckert-Amila (1910-1995) sont encore inaccessibles, notamment les fascicules écrits autour de 1944, pour ne rien dire des stars de la littérature prolétarienne comme René Berteloot. Celles et ceux qui écrivaient dans une autre catégorie n’en méritent pas moins de redevenir visibles et lisibles.
Sont également proposés, publiés en format à l’Italienne, trois beaux volumes d’illustrations consacrés aux Unes du bimensuel illustré satyrique Fantasio « journal gai », (1906-1948), publié par Le Rire, « journal comique », hebdomadaire) créé en 1894, les deux titres étant édités par Juven. Auguste Roubille (1872-1955) a produit les dessins de Une pour Fantasio pendant plus de quatre décennies, selon un code immuable : un personnage chauve et ventru à droite, variante de Monsieur Prudhomme, archétype du bourgeois repu et un petit, Fantasio, à gauche, sous divers accoutrements, féminins ou masculins, toujours ou presque dans une attitude irrévérencieuse. Ces livres peuvent fournir une excellente idée de cadeau.
Il est aussi possible que des élus ayant eu la chance d’avoir comme anciens administrés des écrivains remis à jour puissent s’emparer de ces recherches pour retrouver des gloires locales. Quant aux historiens, ils ont désormais des mines à explorer. Il reste que les passionnés de polar, de fantastique ou de science-fiction, ainsi que les collectionneurs de vieux papiers trouveront également du grain à moudre et dénicheront sans nul doute quelques pépites dans la masse de ce qui est proposé.
D’autres parutions sont annoncées par notre Supérieur des Bénédictins laïques, concernant des titres comme le Journal, le quatrième des grands quotidiens populaires, le plus oublié, le supplément de l’Almanach Vermot, Candide, Nos Loisirs, Lectures pour tous, La Vie Populaire ou Ric et Rac, ainsi que des bibliographies. N’oublions pas le très attendu Polars 1830, les véritables débuts du polard français, Anthologie dirigée par Buard et André-Marc Aymé. Le débat sur les origines du genre va pouvoir rebondir.
Jean-Luc Buard se situe aujourd’hui comme un artisan-éditeur auto-diffusé. Pour toute commande ou interaction, ses coordonnées sont les suivantes : 23, rue du Léon, 78310 Maurepas et buvimi@laposte.net