Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.
C’est une lecture complexe, mais originale et heuristique que propose Romaric Godin sur la question rebattue de la crise du capitalisme. Journaliste économique à Médiapart, l’auteur a déjà publié chez le même éditeur, la Découverte, en 2019 un ouvrage remarqué : La guerre sociale en France, aux sources économiques de la démocratie, désormais disponible en poche.
La thèse que défend Godin est que les trois crises, économique, écologique et anthropologique s’entremêlent aujourd’hui sur fond de domination sociale de la marchandise. Ce système complexe est devenu imprévisible et il est impossible d’isoler un type de crise pour espérer régler le problème. Exemple : « la croissance verte » augmentera les pressions sur le mode de vie.
Ce phénomène à trois corps a été causé par l’accumulation permanente et même infinie du capital. La crise anthropologique qui le caractérise tient essentiellement à une sorte de dictature du besoin. Face aux conséquences des crises, le capitalisme cherche à s’en sortir en dérivant vers l’autoritarisme, seul système sensé pouvoir proposer une régulation, fût-ce aux dépends des libertés.
L’intérêt majeur de cet ouvrage qui résume la plupart des lectures critiques du capitalisme existantes est de décrire un système qui n’existe sous cette forme que depuis peu. Nous ne sommes plus en effet sous le régime du néolibéralisme, ni même de l’ordolibéralisme, mais dans un moment où les dominants considèrent que la politique devient néfaste, puisqu’elle pollue l’économique et où les dominés ont été transformés. Leur besoin, dans une aliénation renforcée, implique une adhésion certes souffrante au système.
Mais le fait d’attendre que ce système s’effondre n’est, pour Romaric Godin que pure folie. Il faudrait pouvoir démarchandiser notre mode de pensée, mener la lutte par tous les moyens et ce dans tous les domaines, mais sans désespérer, car au cours de l’histoire, nombreuses sont les sociétés complexes qui ont disparu. Lutter contre l’aliénation (Godin ne parle pas des réseaux sociaux, mais on y pense fort en le lisant), combattre l’emprise technologique (Idem), maintenir l’idéal d’émancipation, tout cela semble juste, mais un tantinet incantatoire.
L’auteur est cultivé, il cite des penseurs marxistes, des scientifiques, des auteurs de science-fiction et semble croire à une réponse future au désastre, même si la tâche lui apparaît titanesque, d’autant que toute solution partielle est contre-productive et aggrave la situation.