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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

« Les fauteurs d'ordre », de Jean-Philippe Jaworski

« Les fauteurs d'ordre sont ceux par qui l'ordre meurt sous les oripeaux de la justice. »

Dans ce court opus, né dans le cerveau d'un auteur de jeux de rôle et de romans de fantasy, Jean-Philippe Jaworski nous transporte dans le royaume imaginaire de Cordueil, univers Renaissance dans lequel une régente, Azurée Capitolina, a pris le pouvoir en promettant, comme dans tout régime populiste, la régénération, la fin de la corruption et l'ordre.

Alors que l'extrême-droite vient de remporter largement les élections européennes et que le Président de la République a décidé d'une dissolution, l'auteur décide d'agir dans son champ d'expertise. Il n'est ni journaliste ni politique, mais il sait plonger son lecteur dans le temps long. Il peut donc nous emmener avec lui dans une histoire dans laquelle « une éventuelle ressemblance avec l'actualité n'est pas DU TOUT une coïncidence », comme le proclame la quatrième de couverture.

Dans cette nouvelle, le conseiller Praetor est le partisan zélé de la nouvelle politique d'épuration raciale. Selon le principe du « one drop rule », un lien même lointain avec un parent étranger – les « quarterons » ayant un grand-parent né hors du royaume – suffit à perdre richesses, statut et avenir. Pendaisons et arrestations arbitraires, condamnations sans procès, tout est bon pour régler leur sort aux dissidents. L'université, lieu du savoir, devient le théâtre des interrogatoires sous la torture – les salles de cours transformées en chambres de justice, la bibliothèque vidée de ses volumes au profit du greffe.

Et, puisque le nouveau monde n'en est pas vraiment un, la corruption des agents du nouveau pouvoir atteint des sommets. D'ailleurs, l'avenir de Praetor n'est-il pas lumineux, dès lors qu'il aura réussi à se débarrasser de son supérieur, le président à mortier de la Cour de Justice spéciale ? Et quoi de mieux que de le lier à un obscur poète vaguement idéaliste pour le faire chuter ?

Mais dans un système injuste, arbitraire et inique, les victimes sont parfois bourreaux, et inversement. Pourquoi penser que l'on ne tombera pas à la prochaine vague ? Comment imaginer que l'on ne sera pas gagnant des horreurs accomplies au nom de la régénération populaire ? Dans tout régime totalitaire, la machine à purifier finit toujours par dévorer ses propres serviteurs. Et qui n'a jamais péché ?

Écrit en une semaine dans l'urgence du premier tour des législatives, ce conte politique rappelle que la vigilance démocratique n'est jamais optionnelle. Jean-Philippe Jaworski nous permet de nous projeter, au travers de ce récit glaçant, dans un futur pas si lointain dans lequel nous avons tout à perdre et rien à gagner.

Les fauteurs d'ordre, Jean-Philippe Jaworski, Denoël, collection « Lunes d'encre », juin 2024, 32 pages, 5 €

« Les fauteurs d'ordre », de Jean-Philippe Jaworski
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