Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.
Jadis, Marc Gauchée s’était arrêté devant la fameuse photo de Marilyn Monroe extraite de Sept ans de réflexion (The Seven years Itch) de Billy Wilder, qui date de 1955. Il en avait fait un livre qui fut en son temps remarqué : La robe de Marilyn : enquête sur une envolée mythique (2014, les Pérégrines).
Pour son nouvel essai qui vient de paraître au Collectif Squirrels to the Nuts, La revanche de la femme de 50 pieds, l’auteur est parti d’une autre affiche de film, celle de L'Attaque de la femme de 50 pieds (Attack of the 50 Foot Woman), de Nathan Juran, realisé en 1958. L’ouvrage bénéficie des dessins de Victor Perrot. Marc Gauchée nous précise qu’il s’agit bien d’un personnage unique, à ne pas confondre avec les femmes de grande taille, celle-ci étant forcément limitée, fût-ce pour les basketteuses.
La géante en question est une femme trompée, qui après la rencontre sur la route d’un extra-terrestre immense, a été transformée, en grandissant jusqu‘à 15,24 mètres. Cette caractéristique sera bien évidemment considérée comme monstrueuse. Marc Gauchée interroge toute l’ambivalence de la situation : menace ressentie par la gent masculine, mais aussi incarnation d’une déesse-mère, d’une figure maternelle et même de la liberté et de l'autonomie.
L’auteur a recensé pas moins de 32 autres films comportant une géante dont il nous donne la liste, utile aux spécialistes du cinéma de genre. Dans la première partie : « Mon chemin vers la géante », il montre comment l’aspect féministe du film a été encore accentué dans l’adaptation télévisuelle qu’en a tiré Christopher Guest pour la télévision en 1993, alors que le pays était en pleine régression contre les conquêtes des femmes. En quarante ans le féminisme américain est monté, puis est redescendu. La peur générée par la géante devient réactionnaire et sexiste. C’est toute une évolution que décrit Marc Gauchée, grand spécialiste du statut de la femme dans le cinéma.
Á la suite de cela, l’auteur étudie les figures de la géante et plonge dans l’histoire des mentalités et de la littérature pour traquer la présence d’une macrophilie qui renvoie à la fois à la déité féminine et à la sanctification de la mère. Pour ne pas quitter le 7ème art, il pose sa géante comme figure inversée de King Kong.
Puis vient l’analyse des fonctions du personnage qui sont des figures inversées de la domination masculine, l’exercice de la menace, la force destructrice, la tyrannie, le point de vue surplombant, sans oublier une confiscation du plaisir par les femmes et l’impossibilité de relations sexuelles avec la géante pour des raisons de dimensions, problème que connut aussi L'homme qui rétrécit (The Shrinking Man), dans le roman de science-fiction de Richard Matheson (1956), adapté au cinéma par Jack Arnold en 1957 puis par Jan Kunen en 2025 que cite l’auteur auquel rien d’échappe des éléments de comparaison.
En conclusion, Marc Gauchée estime que le fait d’inventer une géante revient en définitive à disqualifier un féminisme mixte et égalitaire. On nous permettra de citer cet extrait de cette pertinente analyse : « Chaque étape de l’émancipation féminine a ainsi transformé la géante en menace : quand les femmes se sont battues pour leur désirs, quand elles ont travaillé et, plus généralement, à chaque fois qu’elles ont revendiqué la moindre liberté juridique politique ou sexuelle que les hommes s’étaient accordé depuis bien longtemps. Et l’imagination voit dans la géante un mélange d’érotisme et de danger, car elle séduit comme elle peut dévorer ».
Les affiches sont racoleuses, le film qu’elles illustrent peut en être décevant, mais notre auteur en trouvera bien une autre pour déployer son talent d’essayiste.