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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

710 La Raison - Avril 2026

L’invocation de Georges Orwell et, en particulier de son roman 1984, ( 1949)  est de plus en plus fréquente, mais c’est à juste titre, et la couverture du dernier numéro de la Raison ( n° 710), avril 2026, signée Colloghan, mériterait d’être tirée en affiche.

Contre-vérités assénées comme ces certitudes logiques, langage dictatorial qui finit par apparaître normal :

: « L’antifascisme est un fascisme », « Etre contre un génocide, c’est être antisémite », « Faire la guerre pour conserver la paix », « l’antiracisme est un racisme », et, pourquoi pas, pendant qu’on y est : « La raison est irrationnelle ».

On notera dans cette livraison la première partie d’un long  article de Christian Eyschen consacré à Alexandre Heber (1921-2010). Dans une histoire organisationnelle politique et syndicale complexe et irrésumable, on retiendra que ce militant anarcho-syndicaliste qui commença sa carrière militante à la SFIO, puis au PSOP de Marceau Pivert, passa un accord vers 1956 avec le grand architecte de la constellation dont la Libre Pensée constitue la planète mère, Pierre Lambert (1920-2008)(Boussel), leader d’un groupe trotskiste qui s’était constitué en 1953. Après cette rencontre décisive, et jusqu'à sa disparition, (Lambert était décédé deux années plus tôt) Hebert deviendra le chef d’une tendance tolérée de ce qui est aujourd’hui le POI, partageant avec les trotskistes lambertistes une  triple détestation de la social-démocratie du stalinisme et des autres branches se revendiquant de la IVème Internationale.

Eyschen souligne un aspect peu connu du personnage ancré en Loire-Atlantique, sa philosophie spiritualiste, malgré son laïcisme intransigeant. C’est ce choix philosophique qui le conduisit à une appartenance à la Grande Loge de France, pratiquant le Rite Ecossais, alors que nombre de ses camarades étaient et sont encore  membres du Grand Orient de France. On notera avec plaisir que l’auteur de l’article cite en exergue notre cher Günter Anders (1902-1992)(Stern) dont la lecture est à conseiller aux adeptes de la Libre Pensée.

Benoit Scheckenburger poursuit dans ce même numéro son plaidoyer pour le scepticisme antique dans lequel il origine la mise en œuvre de la liberté de penser. On rêve d’une troisième partie où serait discutée la compatibilité de cette philosophie avec le marxisme.

Adhémar Schwitzguébel illustre l’un des thèmes classiques de la Libre Pensée, la réhabilitation des soldats fusillés pour l’exemple pendant la première guerre mondiale, en rappelant notamment le célèbre film Les sentiers de la Gloire de Stanley Kubrick (1957) et ce que fut la lâcheté des Présidents de la République successifs sur cette question.

Dans la partie culturelle, de plus en plus conséquente dans cette revue, on notera un retour sur Georges Simenon (1903-1989) par Alain (Georges) Leduc qui étudie, entre autres aspects de cette œuvre imposante ce que fut l’accueil des écrivains à ce forçat de la plume. Maintes fois adapté au cinéma, l’écrivain a fait l’objet d‘un travail savant, par Laurent Foucault, Georges Simenon, La rédemption du faussaire paru en 2018 aux Presses Universitaires de Paris Sorbonne.

Quant à ce 7ème art, il fait l’objet d’un article très rapsodique d’Alain Vauchelles qui nous fait profiter des films qu’il a vus ou revus autour du thème des liens perdus ou retrouvés, avec en toile de fond la démarche analytique et autour de tragédies individuelles et/ou collectives. Notons également un hommage d’Henri-Georges Leduc au peintre Uccello (1397-1475) à travers son obsession de la géométrie et la manière dont des écrivains dont Marcel Schwob, Antonin Artaud, Philippe Soupault et Robert Desnos s’en sont emparés.

Un petit article fera sourire les lectrices et lecteurs de ce numéro. Il raconte l’histoire de trois  religieuses plus qu’octogénaires qui étaient devenues les seules occupantes d’un couvent dont l’archevêque local les chassa pour les  envoyer finir leur existence dans une maison de retraite. Que croyez-vous qu’il arriva ? Elles se sont sauvées de leur lieu de relégation et sont retournées vivre au convent, avec le soutien actif d’une partie de la population, grâce à quelque 100.000 abonné-e-s à leur compte Instagram.

A propos de deux articles sur les Etats-Unis, Philippe Besson note en introduction de l’un deux que le vice-président, James-David Vance, s’est converti au catholicisme. C’est la pure vérité, mais ce n’est certes pas un cas isolé et cela mériterait une petite étude sur l’évolution religieuse des élites de l’extrême-droite états-unienne.

 

On lira aussi avec intérêt un commentaire de Christian Eyschen sur le rapport de la défenseure des droits, Claire Hédon, qui éclaire sur « les discriminations fondées sur la religion » qui touche au premier chef les femmes musulmanes. Il note que la haine anti musulmans et la xénophobie sont étroitement imbriquées ». C’est là toute l’ambiguïté, entre assignation extérieure et auto assignation et le refus quasi général d’appliquer l’anticléricalisme à l’Islam.

 

A signaler également des éléments intéressants sur l’état de la sécularisation en Allemagne qui contrastent avec l’offensive des Eglises qui se sentent seulement dans leur influence, mais aussi dans leurs revenus. Ces témoins d’une époque ancienne ont de plus en plus de mal à justifier  leurs privilèges.

 

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