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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

«À la découpe», par Pascal Manoukian

Il y a des livres qui posent une question si simple qu'on se demande pourquoi, avec tout ce que compte la France de populistes et de démagogues, personne ne l'avait formulée avant. À la découpe (éditions Rio Bravo, 148 pages, 12€, 2025) est de ceux-là. Et si on vendait la France ? Tout. Les bâtiments publics, la Tour Eiffel, le Palais de l'Élysée, les ogives nucléaires. À la découpe — et les bénéfices redistribués à tous les Français, à parts égales.

L'idée est grotesque. Elle est aussi, à sa façon, parfaitement logique. C'est ce que Pascal Manoukian, romancier et ancien directeur de l'agence CAPA, explore dans cette fable politique grinçante, en à peine cent cinquante pages.

Un homme ordinaire dans un monde qui ne l'est plus

Hugo est un homme banal. Malheureux en amours, attaché à son travail, loyal à son entreprise, promis à une promotion méritée dans l'un de ces emplois bien rémunérés dont personne ne sait vraiment à quoi ils servent. Son ex-compagne Léa, mère de leur fils Adam, milite dans un collectif d'extrême gauche. Il y a aussi Janis, une grand-mère qui vit dans une tour de banlieue et qui représente, à sa façon, tout ce que le système a oublié de protéger.

Puis Hugo perd son emploi. Et tout s'emballe.

Des collectifs de chômeurs, une France désabusée et appauvrie, sans horizon. Le roman est le récit sous stéroïdes de ce qui traverse l'esprit de nombreux perdants du néolibéralisme : la rage sourde, l'humiliation diffuse, et quelque part au fond, l'envie que quelque chose — n'importe quoi — change vraiment.

La fenêtre d'Overton comme méthode narrative

Ce qui est habile dans ce dispositif, c'est que Manoukian n'a pas besoin de convaincre son lecteur que la solution est bonne. Elle ne l'est pas. Mais en rendant pensable ce qui ne l'était pas, en faisant travailler la fenêtre d'Overton par la fiction, il oblige à se demander ce que l'on est prêt à accepter — et pourquoi on ne l'a pas encore fait avec des moyens moins radicaux.

Le moment le plus jouissif du livre est sans doute celui où Hugo se retrouve face à « Mèche Rebelle », journaliste vedette du 20h, grand défenseur de l'ordre établi. La première fois, Hugo l'abat simplement en défendant l'impensable — face à une idée radicale, les arguments du journaliste vedette sonnent creux. La seconde, le journaliste croit prendre sa revanche. Hugo arrive avec les informations de sa fiche de salaire et lui rappelle qu’elle est traitée par des aides comptables qui gagnent infiniment moins que lui. Et c'est le journaliste qui se retrouve nu, représentant d'une caste qui protège les grands de ce monde tout en prétendant parler au peuple.

Une fable pour 2027

La vraie question du livre n'est pas « faut-il vendre la France ? » mais : quand retrouvera-t-on le goût de la communauté, et la volonté politique d'apporter des réponses collectives aux inégalités criantes et croissantes ? En choisissant la fable plutôt que l'essai, Manoukian se donne une liberté que le commentaire politique ne permet pas : celle de pousser la logique jusqu'au bout, d'en montrer l'absurdité et la séduction simultanément.

On ne sort pas de ce petit livre rasséréné. Mais on en sort avec une question bien plantée : si même vendre le pays semble plus simple que de le réformer, c'est peut-être qu'on a un problème avec le vivre-ensemble.

«À la découpe», par Pascal Manoukian
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