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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

Denis Leroux Une armée « révolutionnaire » Contre-insurrection et subversion militaire pendant la guerre d’Algérie

Un vrai travail d’historien, dans la mesure où il est appuyé par une patiente recherche sur archives. Denis Leroux s’est attaqué, dans cet ouvrage publié par La Découverte, à un mouvement qui a laissé « une marque aussi profonde que sous-estimée dans la vie politique française ». Le livre est préfacé par Raphaëlle Blanche, historienne spécialisée dans les violences exercées en situation coloniale.

Au milieu des années 1950, un nombre non-négligeable d’officiers français combattant en Algérie ont décidé de lutter contre ce qui montait comme lutte de libération en Algérie. Ils ont choisi, au risque assumé de rompre avec la République française, de construire un outil illégal pour s’inscrire dans un combat contrerévolutionnaire, en s’appuyant sur un « 5ème Bureau » resté tristement célèbre. Spécialisé dans « l’action psychologique », il fut constitué en juillet 1955, quelques mois après le déclenchement de l’insurrection algérienne.

C’est dans un contexte géopolitique défavorable que ces factieux ont installé leur propre mode de rébellion, en se réclamant d’un anticommuniste intégral, contre ce qu’incarnait alors l’Union Soviétique. Mais il faut également se souvenir que la défaite contre les Vietnamiens et le désastre de Diên Biên Phu, au printemps 1954 constituait pour eux une sévère humiliation. D’où une volonté de revanche, dans une vision apocalyptique et un fantasme d’incarnation d’un conflit existentiel de l’occident contre le soviétisme.

Nul n’ignore aujourd‘hui que la volonté d’amener une majorité des Algériens à renoncer à leur indépendance est passée par une violence débridée, l’usage massif de l’assassinat, de la torture et du viol. On se souvient que la volonté des généraux, félons (Challe, Jouhaud, Salan et Zeller) appuyés par un grand nombre d’officiers et par l’OAS de permettre au Général de Gaulle de revenir au pouvoir en 1958 à la fin du processus, se retournera contre eux. L’Algérie deviendra indépendante le 5 juillet 1962.

Sensibles à l’action des catholiques progressistes qui leur étaient hostiles et obnubilés par la puissance du Parti Communiste Français depuis la Libération, les militaires cherchèrent à s’allier les éléments conservateurs du clergé et ce qui restait de l’extrême droite. Cela ne suffit pas pour éviter l’échec de la tentative de Putsch en avril 1961.

Denis Leroux s’est constitué un corpus d’une vingtaine d’officiers supérieurs, membres du 5ème Bureau s’attachant aux liens qui les unissaient et à leurs tensions. Ce qui les reliait était un nationalisme constitué pendant la deuxième guerre mondiale contre les Allemands, mais confronté à leur équivalent vietnamien, puis algérien. Parmi les oubliés de cette aventure, le colonel Lacheroy, qualifié de « véritable entrepreneur idéologique ».

L’ouvrage est construit chronologiquement. Après une introduction : « Des vérités devenues folles » où l’auteur interroge la manière dont se développe chez les militaires une sorte d’imaginaire paranoïaque, il en vient dans son premier chapitre à scruter l’état de l’armée avant la guerre d’Algérie. Puis nous suivons la construction de la notion d’action psychologique, puis sa mise en œuvre en Algérie et en Métropole, notamment à Paris.

Le troisième chapitre est consacré à la tentative de révolutionner l’armée sur des bases dont on comprend comment elles ont pu séduire des personnes d’origine progressiste : liberté de pensée, émancipation des femmes, équipement du pays. Mais tout cela s’est accompagné d’exactions régulières et massives qui ont conduit à la montée d’un sentiment nationaliste algérien.

Á la suite, Denis Leroux montre comment les politiques français désireux d’installer une paix durable se sont heurtés à la population des futurs pieds noirs. La tentative de faire accéder l’Algérie à des standards occidentaux en conservant la tutelle française échouera pour avoir fait trop de mécontents en parlant d’une révolution destinée à contrer le nationalisme algérien.

C’est en effet en utilisant paradoxalement un vocabulaire marxiste que les militaires vont répandre la terreur, systématiser l’intoxication psychologique et nommer des commissaires politiques (chapitre  5). Il s’est agi de définir une idéologie qui se voulait progressiste pour « l’Algérie nouvelle », en structurant parallèlement une armée contrerévolutionnaire Cette sorte de bouillie conceptuelle aura des effets délétères.

Viennent ensuite (chapitre 6) deux portraits, de Charles Lacheroy (1906-2005) et Antoine Bonnemaison (1926-1981), définis comme théoriciens de l’encadrement des masses. Le premier s’attachera à développer dans l’armée des hiérarchies parallèles, le second, ancien résistant héroïque intégrera les Services Secrets (le SDECE), fonctionnera, sans souffrir des changements gouvernementaux, de longues années durant, comme chef de guerre idéologique anticommuniste.

Les « périples sanglants », qui commenceront en octobre 1955 dans la région de Constantine vont conduire le FLN à réagir, jusqu’à la bataille de Biskra en mars 1957, qui s’ajoute à celle d’Alger commencée quelques semaines plus tôt. Ces combats marqueront un déchainement de violence qui se déplacera dans les Aurès.  Si tous les bataillons français installés en Algérie ne sont pas convaincus de la validité de la guerre psychologique, on va assister à une pratique de la torture par des équipes spécialisées, ce qui permettra à certains officiers de s’en laver les mains.

Au printemps 1956, c’est la région oranaise vinicole de Aïn Temouchent qui eu droit à la « pacification ». L’analyse des marches et opération (JMO) retrouvés dans les archives permet à l’auteur de détailler les exactions, dans le cadre

« d’un système de représentation fournissant des méthodologies et leurs justifications, où l’explicite du projet de transformation sociale répond à l’implicite de la violence répressive ».

Denis Leroux nous explique comment des témoignages d’anciens soldats et des travaux d’historiens ont construit une première strate de mémoire, notamment les quatre volumes de Gérard Bon dit Yves Courrière (1935-2012), parus entre 1968 et 1971 chez Fayard et tirés à plus d’un million d’exemplaires. Pour autant, ce que fut la démarche coloniale française est rarement pensé comme tel et il en va évidemment de même pour la situation postcoloniale qui s’en est suivie et que nous vivons aujourd’hui.

Au cours du livre, l’auteur propose de nombreuses études de cas qui solidifient le propos en permetant un utile retour en mémoire d’autant plus nécessaire que si cette histoire n’est pas taboue, comme en témoigne une abondante biographie, la deuxième guerre d’Algérie ( la première ayant été la guerre de conquête entre 1830 et 1852) n’est que très rarement évoquée. Le retour du refoulé viendra à son heure.

Denis Leroux  Une armée « révolutionnaire »  Contre-insurrection et subversion militaire  pendant la guerre d’Algérie
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E
Regarder le ciel ou le doigt qui le montre...
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E
Quelle sagesse!<br /> Elle fait grand plaisir<br /> Quand on a l'impression de prêcher dans le désert, fût-il ( pas futile) du sud algérien.
A
Désolé pour la coquille<br /> <br /> Il n'y a guère de quoi s'affoler pour si peu.<br /> <br /> Propose nous des articles, on les relira!
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J
Il serait bon de relire les articles avant de les publier. Après l'écriture inclusive voici l'écriture ... Le mot guerre me semble avoir été orthographié dans une version qui ferait rougir Emile Littré !!!
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