Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.
Il y a une ironie dans le parcours de Cécile Duflot que ce petit livre (éditions des Petits Matins, 71 pages, 5€, 2025) ne dissipe pas tout à fait — et c'est peut-être ce qui en fait l'intérêt. L'ancienne cheffe des écologistes, ancienne ministre du logement sous Hollande et Ayrault, avait incarné en 2014 une forme de résistance au tournant libéral : elle claque la porte du gouvernement avec la nomination de Manuel Valls comme Premier ministre, entraînant avec elle Pascal Canfin — passé depuis au macronisme de gauche. Un geste qui, à l'époque, se voulait de cohérence.
Dix ans plus tard, elle dirige la section française d'Oxfam et revient dans le débat avec ce bref plaidoyer pour une alliance sociale-écologiste capable de conduire le pays en 2027.
Le prix de la cohérence
Ce qui traverse le livre, sans en être le cœur explicite, c'est une interrogation sourde sur ce geste fondateur : avait-elle eu raison de partir ? La question irrigue toute la réflexion sur l'échec actuel de la gauche française, réduite depuis 2022 à moins de 30 % des suffrages dans sa meilleure configuration. Que faut-il tolérer de compromis ? Quand faut-il rester au centre du jeu plutôt que s'en extraire en préservant sa pureté ?
Cécile Duflot n'a pas de réponse tranchée — et c'est honnête. Ce qu'elle dit en revanche, c'est qu'elle a paradoxalement trouvé davantage de politique en s'éloignant de la vie partisane : une politique concrète, incarnée, au service de causes comprises, moins prisonnière des postures idéologiques.
Ni primaire de partis, ni surenchère insoumise
Sur la méthode, elle est claire : une primaire cantonnée aux partis de gauche reproduirait les mêmes impasses, et la course à la radicalité des Insoumis ne fera pas gagner 2027. Son idée-force est ailleurs — faire émerger une candidature issue de la société civile qui agit et innove sur le terrain, là où les Français se retrouvent encore, loin des tribunes parisiennes.
C'est séduisant. C'est aussi le pari le plus difficile à tenir : la société civile produit rarement des candidats, et quand elle le tente, elle produit parfois des Macron.
On lira Gagnons ! comme ce qu'il est : un appel sincère à se dépasser, formulé par quelqu'un qui a payé le prix de ses convictions et qui cherche, sans triomphalisme, les voies d'un rassemblement.
Le diagnostic sur l'impasse est juste. La prescription reste à démontrer.