Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.
Dans Slut Shaming. Faire payer les femmes (La découverte, 2026), Ovidie décrit et analyse la vague du « porno chic » qui était la version française de ce que fut le Backlash américain des années 1980 (1). De 1999 à 2004 en France, le « porno-chic » a traversé « les mondes du cinéma, de la télévision, de l’art, de la mode et de l’édition [qui] se sont enthousiasmés pour le sexe explicite ». De jeunes femmes étaient mises sur un piédestal pour mieux, ensuite, les « slut shamer ». C’est « la course à la provocation » avec des photographes comme Jeff Koons ou Terry Richardson.
Certes, dans les années 1990, la France n’a pas connu de mouvement coordonné pour faire triompher la réaction antiféministe (2). Le XXIe siècle semblait même commencer au mieux pour les femmes en France. Elles étaient devenues maitresses de leur corps, de leur fécondité, elles travaillaient, étaient candidates aux élections - y compris présidentielles -, elles assumaient leur indépendance. La France pouvait être fière, car il existait d’autres parties du monde où les hommes continuaient à nier les droits des femmes, où le fait religieux pouvait même réduire leur condition à servir de mâles barbus.
Mais l’absence d’une vaste offensive intellectuelle, culturelle, politique et économique identique à celle qu’ont connue les États-Unis, ne fait pas de la France le paradis de l’égalité accomplie. Il était facile de démontrer que, même dans un pays des plus « avancés » comme la France, les femmes avaient du mal à accéder à l’égalité salariale et à certains emplois de direction. De plus, lors des scrutins électoraux, elles figuraient souvent en position inéligible, trop loin des têtes masculines de liste ou réduites à de la figuration auprès de leur époux ou de leur patron. À la maison, les tâches ménagères restaient encore très inégalement réparties. Malgré tous les beaux discours « progressistes », les faits avaient la vie dure (3). Pire, les violences conjugales ne diminuaient pas et les clichés perduraient. C’est ainsi qu’un homme qui venait de tuer sa compagne continuait à être traité, dans les médias, d’« amoureux éconduit » plutôt que de « meurtrier » (4).
Les femmes les plus ostensiblement libres sexuellement, professionnellement et socialement sont les cibles de tous les rappels à l’ordre et de toutes les insultes, elles sont les plus dévalorisées dans les représentations véhiculées notamment par la publicité. Comme l’écrit Ovidie, elles sont les premières à être « slut shamées ». Car la publicité, malgré les serments rituels de ses professionnels, demeure un bastion du sexisme, le lieu où le corps de la femme est réduit à un objet de consommation et pouvait ainsi servir à tous les racolages. Je vous propose de revenir sur ces décennies 1980 et 1990 de la publicité en écho aux écrits d’Ovidie. Et, pour commencer, il faut rappeler l’échec d’Yvette Roudy qui a dû abandonner, en 1983, son projet de loi contre le sexisme dans les publicités sur le modèle de la loi antiraciste de 1972.
À suivre.
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1. Susan Faludi, Backlash, la guerre froide contre les femmes, Des femmes, 1993.
2. Des passages de ce texte sont issus d’un manuscrit co-écrit avec Isabelle Germain en 2003.
3. Jean-Claude Kaufmann, La Trame conjugale, analyse du couple par son linge, Nathan, 1992.
4. Natacha Henry, Les Filles faciles n’existent pas, Editions Michalon, 2008.