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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

À propos des « Spécial-Police de Michel Gourdon au Fleuve Noir. Première époque 1949-1969 »

À propos des « Spécial-Police de Michel Gourdon au Fleuve Noir. Première époque 1949-1969 »

Depuis 2011, l’association des Amis de Michel Gourdon participe à la diffusion de l’œuvre dudit Michel Gourdon. Elle a publié en 2026 un premier volume du recueil des couvertures que l’illustrateur a réalisé pour la collection « Spécial-Police » aux éditions du Fleuve Noir et couvrant la période de 1949 à 1969.  

L’ouvrage est un bel hommage à l’illustration populaire et permet, grâce à la préface et aux instructives notices de Michel Amelin qui rythment certains numéros, de se replonger dans le contexte et les imaginaires de l’époque.

La collection « Spécial-Police » est inaugurée en 1949 et parait jusqu’au mi-temps des années 1980, publiant, c’est un record, 80 romans rien qu’en 1972 comme le rappellent Patrick Bernard et Marie-Christine de Caro en fin d’ouvrage. « Spécial Police » se démarque des autres collections de polars « américanisés » en choisissant des auteurs français pour des histoires au ton français. Même les autrices prennent des pseudonymes masculins : par exemple Marie-Anne Devillers qui écrit 96 « Spécial Police » de 1957 à 1983, publie sous le nom de Mario Ropp.

Il faut dire que Michel Amelin indique que les lecteurs visés sont :« des hommes jeunes, demandeurs de lectures courtes, rythmées, sexy et dans lesquelles ils pouvaient se projeter, avec des problématiques simples, dans des lieux et milieux professionnels qu’ils pouvaient connaître ».

Le narrateur de l’histoire est donc souvent un homme entre 35 et 40 ans.

Comme la 4ème de couverture ne mentionne que les autres titres de la collection, « les lecteurs n’ont ainsi aucune idée de ce qu’ils achètent si ce n’est cette illustration qui doit être, donc, la plus ‟parlante possible” ».

Ainsi, de 1949 à 1953, les illustrations de couvertures ne représentent qu’une femme sexy façon pin-up.

 

À propos des « Spécial-Police de Michel Gourdon au Fleuve Noir. Première époque 1949-1969 »

À partir de 1953, Michel Gourdon s’inspire d’une scène du roman pour sa couverture. Et, pour accrocher le lecteur, les femmes en couverture sont « soit agressées ou mortes, plus rarement agresseuses, souvent en retrait d’une action violente ou menaçante en premier plan ». Ces représentations témoignent du backlash antiféministe des années 1950 où l’homme devait domestiquer la femme en la dominant physiquement et en la cantonnant dans le rôle de faire-valoir joli mais passif, et où la femme vivant librement sa sexualité était forcément un danger pour l’homme.

 

À propos des « Spécial-Police de Michel Gourdon au Fleuve Noir. Première époque 1949-1969 »

Les titres avec des femmes sexy devaient se vendre plus vite et mieux que les autres… Et d’ailleurs, même les auteurs intégraient des scènes érotiques en espérant que Michel Gourdon les illustre en couverture ! Mais ce stratagème ne marchait pas à tous les coups : c’est ainsi qu’une femme nue ne figure pas en couverture de Glissez mortels (Pierre Latour, n°664, juin 1968), alors que le roman commence par une jeune femme qui dort nue en attendant son amant. Au lieu de cela, Michel Gourdon a dessiné la scène où interviennent les gendarmes !

 

À propos des « Spécial-Police de Michel Gourdon au Fleuve Noir. Première époque 1949-1969 »

Quand l’illustrateur dessine des femmes sexy, le plus souvent victimes et dominées par les hommes, certains romanciers ne sont pas en reste et font preuve de machisme et de misogynie supposés plaire à leur lectorat. Restons avec Pierre Latour justement. Michel Amelin explique que cet auteur, dans Le Chiqueur (n°742, septembre 1969) décrit des femmes riches et idiotes tenues à l’écart de toute l’action, en outre la première victime du « chiqueur » est une vieille fille autoritaire, deux Suissesses sont caricaturées en lesbiennes, seule Ingrid, la jeune séquestrée par le « chiqueur », tout en étant terrorisée, comprend que « dans cette bête, il y a aussi un cœur » ! Dans Les Frelons (Richard Caron, n°371, octobre 1963), Sacha, journaliste à Paris Flash décrit ainsi Mme de Souza, acheteuse argentine de robes haute-couture :

« C’était un beau cheval. Grande et bien en chair. Avec, sans doute, une secrète tendance à la cellulite. Les hanches, par exemple, auraient gagné à être un peu moins fournies. Mais les jambes ne paraissaient souffrir d’aucune imperfection et la poitrine que je devinais sous le corsage semblait à priori stable. Elle devait avoir dans les quarante ans, pas plus, mais elle les faisait. Je lui trouvais aussi le visage un peu trop maquillé et j’ai supposé que c’était pour atténuer les signes de fatigue des tissus ».

 Dans Morte sous la pluie (J.P. Garen, n°412, juin 1964), Johnny Adams, narrateur, commente les femmes composant un jury de tribunal :

 

« Elles sont particulièrement sévères dans tous les cas de viol ou tentative de viol, comme si, avec les figures qu’elles se paient et malgré les nombreux produits dits de beauté qu’elles utilisent, une pareille aubaine pouvait leur arriver ! ».

Dans Toboggan (André Lay, n°301, janvier 1966), Robert met huit jours

« pour découvrir le revers de la médaille et la véritable personnalité de Caroline. Sortie du lit, où elle était véritablement sensationnelle, ce qui laissait supposer qu’elle y avait passé beaucoup, de temps en compagnie de partenaires différents, la jeune femme se révélait égoïste, paresseuse et dépensière ».

Mais Michel Amelin sait aussi reconnaître l’originalité d’un Roger Faller dans Par comble d’infortune (n°647, mars 1968) : les personnages féminins « tirent leur épingle du jeu par leur honnêteté et leur force ». Ouf, ça en fait au moins un.

Une étude serait à mener plus précisément et exhaustivement sur les liens entre les textes des romanciers et les images de Michel Gourdon. Mais cet ouvrage sur les « Spécial Police » permet de mesurer l’ampleur de l’œuvre d’un illustrateur qui a dessiné les couvertures de plusieurs autres collections (« Espionnage », « Angoisse », « Grands romans », « L’aventurier », « Feu » et « Présence des femmes »). Il sera intéressant de poursuivre l’évolution des couvertures sur la période suivante, de 1969 aux années 1980. À suivre donc...

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