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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

Bizarre ? Comme c’est bizarre !

Bizarre ? Comme c’est bizarre !

Après Le Sexe bizarre (dernière édition en 2010 chez Tabou éditions) sur les « pratiques érotiques d'aujourd'hui », Agnès Giard aborde les pratiques amoureuses japonaises d’aujourd’hui avec Les Amours artificiels au Japon. Flirts virtuels et fiancées imaginaires (Albin Michel, 2025). Il s’agit d’explorer les relations que nouent des Japonaises et des Japonais avec des personnages de fiction, jeu vidéo, anime ou manga. L’ouvrage richement illustré retrace toutes les étapes d’une relation plus tout à fait virtuelle, mais jamais complètement réalisée. C’est d’ailleurs dans cette conscience que « leur bonheur relève d’une quête vouée au fiasco, parce que l’objet de leur désir restera à jamais séparé d’eux par une limite » que s’organise toute une communauté.

Bizarre ? Comme c’est bizarre !

Le 4 novembre 2018, Kondo Akihiko a épousé Hatsune Miku, idole numérique créée en 2007 et le fait à visage découvert révélant le phénomène. L’année suivante, il publie un manuel Comment épouser un personnage 2D qui fait figure de référence. En 2023 est créée l’association des « fictosexuels » rassemblant celles et ceux qui ont des relations avec le « troisième genre », le genre imaginaire. L’autrice détaille tout ce que les fans inventent pour prouver leur dévotion : customisation de voiture ; « pèlerinage » dans les lieux qu’ont arpenté les personnages ; procession avec un palanquin-lanterne intégrant des personnages d’animé ; habit intégral avec le costume de l’héroïne pour la matérialiser dans le monde réel ; dépenses sans compter car assimilées à des offrandes où il ne s’agit pas de se procurer un objet mais d’exprimer sa dévotion et son amour, le but n’est pas d’accumuler mais de se dépouiller…

 

Les entreprises innovent et proposent produits et services pour ces drôles de couples. Citons, par exemples : le GPS Lei Navi en forme animée de fille de 17 ans où les automobilistes respectent le code de la route pour plaire au personnage ; faux certificats de mariage ; voyages aller-retours en avion à côté de personnages de jeu ; « articles de literie fictifs » (traversins ou peluches) pour être étreints afin d’espérer rentrer en contact avec un être venu d’ailleurs ; funérailles pour les personnages en 2D quand un jeu est arrêté par la firme qui le développe (la durée de vie des jeux est en 2024 de 3,7 ans) ; « autels pour oshi » (un oshi est une célébrité objet de dévotion forte, comme un chanteur, un doubleur-voix – seiyu - ou un personnage d’anime) ; pochettes-surprises (blind goods) contenant  des badges ou des cartes de personnages, mais sans savoir si elles contiennent des représentations du personnage aimé : distributeur automatique et aléatoire de jouets (gacha), là aussi sans forcément obtenir la figurine ou le porte-clé représentant le personnage aimé.

 

Le voyage japonais proposé par Agnès Giard est passionnant et l’autrice livre quelques pistes de décryptage de ces femmes et ces hommes « acculés au célibat » et qui « ne peuvent caresser qu’en rêve l’idée de vivre à deux ». Tous ces objets servent « finalement plus à faire le deuil de ses espoirs qu’à les entretenir vainement ». Car, au Japon, le nombre de mariages n’a jamais été aussi bas depuis 1945. Depuis 1995, le taux de célibat chez les jeunes adultes a augmenté de 2,5 points pour les hommes et de 5,9 points pour les femmes. Cette augmentation est encore plus marquée chez les 30-34 ans : 42,9% des hommes (soit une hausse de 5,6 points) et 26,6% des femmes (soit une hausse de 6,9 ​​points) restent célibataires au début de la trentaine. Les raisons principales sont la difficulté de rencontrer quelqu’un, mais aussi l’absence de ressources financières pour fonder une famille et la difficulté à concilier vie personnelle et vie professionnelle. À travers cet ouvrage, Agnès Giard présente comment se recomposent le désir et l’expérience amoureuse en puisant ses inspirations dans l’imaginaire traditionnel et en ayant recours aux technologies les plus modernes quand les « objets » aimés deviennent des médiateurs pour supporter la solitude de ce « monde décevant ».

 

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