Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.
C’est à une critique radicale du fonctionnement d’une République dont ils estiment qu’elle n’en a plus que le nom que les rédacteurs de ce numéro de mars 2026 de la Revue de la Libre Pensée se sont méthodiquement attelés. Le dossier, coordonné par Dominique Goussot est introduit par Pierre-Yves Modicom qui souligne à quel point il est utile de connaître l’histoire si l’on entend en venir un jour à la constitution d’une VIème République.
Jean-Marc Schiappa replonge dans ce que fut la construction du pouvoir personnel par le Général De Gaulle, inauguré par un appel au peuple. Dominique Goussot choisit quant à lui une formule choc : le sceptre derrière le bonnet phrygien. Le même auteur s’interroge sur le fonctionnement de la République en zone rurale. Suit une belle analyse de Bruno N’Diaye sur le fait que le colonialisme ait sali cette République. Vient alors une pièce d’archives : deux discours de Maximilien Robespierre sur la justice datant de 1792 où l’Incorruptible demande l’instauration de jurys populaires et la suppression de la peine mort, qui n’interviendra qu’en 1982. Christian Eyschen considère pour sa part que la religion et le pouvoir entretiennent des liens incestueux en commençant par rappeler l’affaire archétypale de Bétharram.
Benoit Scheckenburger interroge la tentation de la répression, dans le cadre de ce que l’on peut appeler l’ordolibéralisme, aux dépends des principes d’égalité de libertés civiles et de droits politiques. Dominique Goussot reprend la plume sur un thème inépuisable : le financement public de l’enseignement privé. Pour clore le dossier, Gérard Fromager souligne que la casse du service public de l’emploi vient de loin.
En Varia, la rédaction reprend, avec une introduction de Clément Denuit un texte de 1933 de la Libre Pensée signé Albert Fua et l’échange que fit ce dernier avec Wladimir Rabinovitch, secrétaire de rédaction de la revue Chalom. Sujet de la discussion: assimilation, ou non. La lecture de ces textes est passionnante et éclairent sur ce qu’était intellectuellement le judaïsme français avant l’arrivée du nazisme et des différents fascismes, tous antisémites. Un universalisme émancipateur débouche sur la volonté d’assimilation. La thèse est provocante, mais elle existait et fonctionne encore. Albert Fua qui plaide pour l’authenticité des sefardim met en garde ses « congénères » ashkénazim qui ne sont pour lui que des descendants de Khazars convertis au judaïsme en Russie, alors que leurs équivalents d’Arménie se faisaient chrétiens. Albert Fua avait été également l’auteur, en 1925 des Véritables origines de la Papauté.
La revue se termine avec un portait de Voltairine de Cleyre (1866-1912), libre penseuse américaine, anarchiste et féministe, par Hélène Fernandez. Il s’agit d’un de ces personnages pour le coup émancipés dont il est utile de cultiver le souvenir. Un film, Omerta, signé Raphaëlle Bruyas, lui a été très récemment consacré, ainsi qu’une biographie, Voltairine de Cleyre. Anarchisme, féminisme et Amour libre, par Alice Béja, paru aux éditions de l’Atelier en 2025.