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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

L’impérialisme se conjugue au pluriel - Pro Ukraina

L’impérialisme se conjugue au pluriel - Pro Ukraina

C’est le fait d’avoir lu et relu pour nous convaincre que nous ne rêvions pas, certaines déclarations émanant d’organisations qui se disent anti-impérialistes et qui mettent sur le même plan Russes et Ukrainiens dans le conflit qui les oppose depuis plus de six ans, qui nous a amené à proposer ces quelques lignes.

Rappelons d’abord que le terme « impérialisme » est apparu, avant que les marxistes ne le reprennent à leur compte, sous la plume de John Atkinson Hobson (1858-1940) en 1902 dans son ouvrage Imperialism qui étrangement, et à notre connaissance, ne fut jamais traduit en français, pas davantage que ses nombreux autres livres. Cet économiste londonien libre penseur et promoteur d’une éthique en action, pose la prédominance des aspects économiques jugés par lui fondamentaux et leur traduction politique. Il différencie son concept de celui de colonialisme, même si l’histoire montre à l’envi qu’ils peuvent marcher de pair. Pour lui, l’impérialisme ne procède pas d’une volonté d’intégration des populations conquises, il est d’essence antilibérale et relève même de l’exercice d’une tyrannie.

Quant à la traduction du concept que fit Vladimir Oulianov dit Lénine  en 1916-1917, elle fut traduite en de nombreux idiomes, sous le titre l’Impérialisme, stade suprême du capitalisme. La présence de cet ouvrage dans la culture non seulement marxiste, mais générale, est pour beaucoup dans le fait que l’on ait du mal, plus d’un siècle plus tard, à imaginer qu’il puisse exister un impérialisme russe, le militarisme russe initié par Trotsky (voir infra) étant considéré comme défensif.

Nul ne contestera ce que furent et demeurent l’existence et la nuisance de l’impérialisme américain que l’on peut encore considérer comme dominant. Quant à la baisse de régime des impérialismes et colonialismes britannique et français, elle est aussi patente, même si elle produit encore quelques effets délétères. Il existe aujourd’hui des impérialismes chinois, israélien, indien et turc, la liste  n’est pas exhaustive.

 

La Russie néo-impériale

L’URSS a mené à la fin de son existence  une longue guerre contre l’Afghanistan, entre 1979 et 1989, dans un conflit meurtrier qu’elle a perdu, laissant un pays  désorganisé aux mains de Talibans qui ont installé après une guerre civile, une dictature dont les femmes souffrent au premier chef. Les Américains, de 2001 à 2021, ont poursuivi le travail de destruction.

A la dislocation de l’URSS, en 1991,  l’Empire russo-soviétique constitué après la deuxième guerre mondiale a permis à de nombreux pays de retrouver leur indépendance ; parmi ceux-ci, l’Ukraine, contre laquelle Vladimir Poutine ouvertement nostalgique de l’ancien régime poststalinien, a lancé en février 2022 une « opération spéciale », à toute fin de dénazifier le pays, disait-il. Des néos nazis, il y en a eu et il y en a en Ukraine comme dans bien d’autre pays, dont la France et la Russie.

Il convient de ne pas oublier non plus la catastrophe de Tchernobyl en 1986 qui a signé pour partie la fin de l’URSS et a privé d’une partie de leur territoire les Ukrainiens et les Biélorusses. Certains considèrent cet événement comme colonial. (Laurent Coumel et Tatiana Kasperski, Tchernobyl, la mémoire atomisée ? Une catastrophe insaisissable, Jean-Claude Lattès, 2026.

Quoi que l’on pense de l’état de la société ukrainienne aujourd’hui, qui conserve encore des traces de soviétisme, même si les oligarques ont largement baissé d’influence, on ne peut nier que c’est la Russie qui a sauvagement attaqué un pays qui avait donné des signes d’occidentalisation et qui continue à l’attaquer quotidiennement.

Qu’on se souvienne : la révolte de Maïdan en 2014 a écarté du pouvoir le président Victor Ianoukovytch qui venait de suspendre les pourparlers avec l’UE et annonçait la reprise de relations actives avec la Russie, laquelle s’empressa de dénoncer un coup d’état fasciste. Aujourd’hui, la Russie continue sa salle guerre, au risque de son propre affaiblissement et au mépris de sa propre population, considérée comme chair à canons. En fait,  il semble que l’impérialisme russe joue sa survie dans cette guerre qui a déjà duré plus longtemps que le premier conflit mondial. Sans l’Ukraine, son centre de gravité se déplacerait en effet à l’est, l’ensemble devenant dès lors eurasien, et il s’affaiblirait.

Dans un tel contexte, mettre dos à dos les deux pays, voire, en toute hypocrisie, appeler à la fraternité entre les deux pays apparaît comme proprement scandaleux. Certains ont jadis appelé à un rapprochement pendant la guerre entre les Allemands agresseurs et les Français agressés. Ils œuvraient à Vichy. Il est des moments où le pacifisme se fait complice des agresseurs.

Phot Bluwin. Kyiv  sous les bombes russes

Phot Bluwin. Kyiv sous les bombes russes

La Russie de Poutine interdit à l’Arménie, pourtant indépendante, de se rapprocher de l’Union européenne et elle s’appuie sur la minorité russophone de Transnistrie pour en dissuader une Moldavie qui se déclare également « indépendante et souveraine », sans parler du véto qu’elle entend mettre sur l’adhésion de l’Ukraine. On peut certes ne pas apprécier particulièrement  les orientations d’une Europe néolibérale, mais c’est tout de même en son sein que l’on vit le mieux et en paix, y compris lorsque l’on se réclame d’une gauche radicale. Ajoutons que refuser son réarmement, c'est accepter d'en faire une proie. mais ceci mériterait en soi un autre article.

Autre argument, l’Ukraine est soutenue par l’OTAN. Certes, et elle ne l’est que trop faiblement, diront certains et, quoi qu’il en soit, elle l'est davantage par des pays membres de l’Alliance atlantique que par la structure militaire occidentale elle-même. On a pu constater également constater que Donald Trump s’était montré plus qu’hésitant. En tout cas, elle reçoit de l’aide, et pas seulement des Etats, puisque les initiatives associatives sont multiples.

Souvenons-nous, à ce propos que, malgré le Parti Communiste Français qui freinait des quatre fers, jugeant le FLN trop religieux, l’URSS a aidé le FLN pendant la guerre d’Algérie, comme l’ont fait également la Chine et la Yougoslavie.  Il en fut de même pour la guerre d’Espagne, celle du Viêt-Nam, etc. Les Résistants français de la deuxième guerre mondiale ont bénéficié de parachutages d’armes anglo-américains, puis des débarquements et le Hamas a été aidé par l’Iran. De tels exemples de soutien aux pays agressés pullulent dans l’histoire récente.  Que les pays attaqués se fassent aider, cela n’a rien d’étonnant, ni de scandaleux. Au surplus l'Ukraine n'a guère été aidée, et imparfaitement, pour sa défense et  il a fallu qu'elle se dote elle mêmed'outils d'attaque en profondeur qui lui permettent d'affaiblir son ennemi

On peut certes appeler sans risque à la fraternisation israélo-palestinienne, à l’amitié entre les Turcs, les Grecs, les Arméniens et les Kurdes. Mais plutôt que de proférer des incantations, il faut combattre les impérialistes et aider celles et ceux qui  en sont victimes,  sans les confondre avec leurs agresseurs. Il ne s’agit pas d’une guerre entre la Russie et les USA, mais d’une guerre des Russes contre les Ukrainiens, faiblement aidés par les Américains, les Russes étant assistés en hommes et en matériel par l’Iran et la Corée du Nord.

On se reportera pour une critique raisonnée du pacifisme, à l’article d’Anaëlle Lebovits, « À la guerre comme à la paix. Les penchants criminels du pacifisme », paru dans le revue Cités en 2008, disponible en ligne et dont voici un extrait significatif :

« Nonobstant le désir de paix qu’ils arborent, les partisans d’une paix perpétuelle préparent ainsi souvent des affrontements plus francs que ceux qu’ils décrient par ailleurs. Et peu importent les intentions sublimes dont ils parent leur lâcheté, et peu importe leur foi béate en l’autre, seules comptent en vérité les conséquences que leur mollesse peut avoir. Ce que nous savons après coup du désir qui oriente une vision géopolitique pacifiste du monde ressemble souvent au pire. Il est arrivé que le pire prenne la forme du nazisme avec ses camps d’extermination. Car les partisans d’une paix perpétuelle en condamnaient d’autres à goûter les fruits infâmes de leur lâcheté. Les résistants n’ont pas manqué, ni ici, ni là-bas. Espérons que les pacifistes d’hier – pour ne parler que d’eux – étai

Le pacifisme fait partie de la culture progressiste, et pas seulement chez les anarchistes. Il relève d’un confort intellectuel souvent teinté d’une religiosité enfouie. Ce n’est pas une raison pour ne pas le mettre en veilleuse face à la réalité du rapport des forces mondiales.

A ce propos, on nous permettra une dernière citation, (Léon Trotsky, 1917, paru à New York dans Novy Mir, puis repris à Petrograd, dans Vpered)

« Notre propre pacifisme menchevik, socialiste-révolutionnaire, malgré les conditions locales, a joué exactement le même rôle, à sa façon. La résolution sur la guerre, adoptée par la majorité du Congrès panrusse des Conseils ouvriers et de soldats, se fonde non seulement sur les mêmes préjugés pacifistes en ce qui concerne la guerre, mais aussi sur les caractéristiques de la guerre impérialiste. Le Congrès a affirmé que « la première et la plus importante des tâches de la démocratie révolutionnaire était d’en finir rapidement avec la guerre. Mais ces déclarations n’avaient qu’un but : tant que les efforts de la démocratie bourgeoise n’arrivent pas à en finir avec la guerre, la démocratie révolutionnaire russe exige avec force que l’armée russe soit préparée au combat, à la défensive , c

Vladimir Vladimirovich Poutine semble s’être souvenu de la leçon. Depuis plus d’un siècle, l’eau a coulé sous les ponts et le rêve que partageaient encore Vladimir Illich Oulianov et Lev Bronstein, avant que Iossif Vissarionovitch Djougachvili  ne s’en mêle, s’est transformé en une haine inextinguible, sur fond de massacres et de dictature. Souffrant de l’effondrement de l’URSS, le nouveau Tsar du Kremlin qui a retrouvé le sentiment religieux, doit écouter en boucle la Grande Porte de Kiev, extrait des "Tableaux d’une exposition", de Modeste Mussorgsky (1839-1881), oeuvre orchestrée par Maurice Ravel (1875-1937), en alternance avec les Chœurs de l’Armée rouge qui furent jadis un magnifique outil de softpower soviétique.

Une telle attitude donne du grain à moudre à celles et ceux qui aiment à affirmer que les extrêmes se touchent; RN et extrême gauche se retrouvant autour d'une même complicité par rapport à la Russie conquérante. Certes il existe bien des points sérieux de désaccord. mais à quoi bon donner pareille image?

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A
Belle lecture d'un étrange aveuglement
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