Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.
« FINESSE (nom féminin) :
(…) Péj. Artifice, ruse. User de finesse. Finesse de renard.
(…) Péj. Acte d’habileté, de ruse. Ses finesses ne trompent plus personne. »
(Extraits du Dictionnaire de l’Académie française, à l’article « Finesse »)
« Il y a trois choses qu’on ne peut dissimuler longtemps : le soleil, la lune et la vérité »
(Proverbe oriental)
Suite à un partenariat entre le site d’informations maçonniques hiram.be et BaglisTV, nous pûmes visionner l’interview de Gino Sandri titrée « Le Très Haut Lunaire » (qui fut accessible gratuitement du 15 au 28 février 2026, sur hiram.be).
Auparavant, nous n’avions pu que regarder sur YouTube des extraits épars de cette interview et d’autres de M. Sandri sur le même thème, ou sur des sujets approchants, nous permettant néanmoins de nous faire une idée sur l’évolution de ses idées et de ses conclusions à la suite de son ouvrage de 2013, « Le Grand Lunaire ».
Nous devons aussi mentionner, au passage, que nous avions pu accéder à un extrait significatif de l’interview du franc-maçon et résistant Pierre Barrucand (avant son décès le 13 avril 2024, à l’âge honorable de 105 ans) concernant le même sujet.
Il est pour le moins étonnant que cet exposé de Gino Sandri soit ainsi dénommé « Le Très Haut Lunaire », puisqu’il a pris l’habitude de ses anciens maîtres Canseliet et Ambelain (qu’il a connus et visités jadis, dans les années 60-80, en même temps que son autre « maître » Pierre Plantard) d’user plutôt du vocable « Grand Lunaire », tradition orale oblige.
Un autre détail a attiré notre attention : le sous-titre que donne BaglisTV à cet exposé, « Sotie pour BaglisTV ». Le terme même de « sotie » est pour le moins curieux. Car la sotie fut, il y a maintenant quelques siècles, un type de pièce satirique politique ou sociale, imitant donc le style de la farce. Et particularité : la sotie porte son nom du fait que le héros de la sotie était systématiquement un sot, ou plus exactement un personnage faisant mine d’être sot, ce qui lui permettait, l’air de rien, de critiquer la société – à l’instar du bouffon auprès du roi.
Et nous reconnaissons qu’un Coluche, par exemple, pratiqua souvent une forme de sotie moderne.
Ambelain d’emblée
Gino Sandri reprend donc, dès le début, son antienne de 2013 : « on dit souvent : Grand Lunaire… Robert Ambelain… », qui, à l’époque, était une réponse à un article qui établissait le lien entre cette société secrète que nous nommons plutôt « Très Haut Lunaire » (sous l’abréviation THL), et celui qui fut le mainteneur des traditions martiniste et maçonnique égyptienne sous l’Occupation.
D’emblée, on s’interroge : pourquoi sur une interview sur le THL-Grand Lunaire, reprendre cette histoire de rapport possible, imaginable, peut-être probable entre l’un et l’autre ? Alors qu’il y a bien d’autres manières d’appréhender l’histoire de cette organisation.
Mais néanmoins, l’intervenant replonge dans les liens pressentis entre Ambelain (1907-1997) et le THL, en citant les titres du « Dans l’ombre des cathédrales » (1939), de « La maçonnerie oubliée » (1985), ajoutant une allusion à « une note en bas de page » d’un autre livre dont il a oublié le titre, mais qui doit être sans coup faillir « La géomancie chinoise » (1991).
Cela peut nous expliquer que cette affaire est ambigüe, très embrouillée, et que Monsieur Ambelain, de son vivant, ne cessa de participer (de 1939 à sa mort en 1997) à cette confusion mentale.
Et là, le pourquoi de cette attitude se pose encore. Pourquoi donc Robert Ambelain aurait-il joué ce jeu idiot pendant 60 ans ? Quel en était l’intérêt ? Nous allons donc voir comment Monsieur Sandri va répondre à cette question.
De Geyraud à Rouhier
Monsieur Sandri abandonne pour l’instant Ambelain pour passer aux témoignages de Pierre Geyraud (disparu dans les années 50 ou 60), de son vrai nom Raoul Guyader.
L’intervenant nous précise que ce dernier était secrétaire de la mairie du 3ème arrondissement, où se situe l’ancien quartier du Temple, mais omet les liens étroits de l’écrivain-enquêteur avec l’Eglise Catholique, qui aurait été un prêtre défroqué – ce que retrace apparemment son roman paru en 1938, désormais oublié, « La cellule Saint-Séverin ».
Par la suite, Gino Sandri rapporte ce que Geyraud a écrit sur sa première découverte du « Grand Lunaire », un soir, au bois de Meudon. Nous ne reviendrons pas là-dessus, mais les expressions corporelles de l’interviewé sont éloquentes : il n’y croit qu’à moitié, voire pas du tout.
Cependant, Monsieur Sandri rappelle la réputation (mauvaise) et les rumeurs sur la fameuse fraternité, contenues dans la même source qu’il n’arrive pas à citer convenablement – il s’agit en fait du chapitre « Le T.H.L. » contenu dans « Les sociétés secrètes de Paris », paru en 1938 aux éditions Emile-Paul Frères.
Donc, le « Grand Lunaire » était une société secrète luciférienne et « satanique » (pourquoi pas « sataniste » ?) de gens hauts placés, où l’on pratiquait de mystérieuses « choses noires », avec des vengeurs prêts à tout pour préserver les secrets de la secte : « on parle de morts dans le métro, de piqûres, des envoûtements… ».
Est-ce par pure négligence ou par dramatisation forcée que l’intervenant parle ici de « morts dans le métro » qui n'ont été mentionnés nulle part ?
Car il y eu effectivement l’affaire du « piqueur du métro », qui fut citée par Geyraud dans « Les sociétés secrètes… » (p.117), comme exemple de sortilège ou d’expérience dangereuse menée par le THL/Grand Lunaire…, mais de morts ? que nenni !
Pour mémoire, le détail de cette affaire fut développé dans « La magie de Paris » (paru en 1934), d’un certain René Thimmy (pseudonyme de l’écrivain et poète Maurice Magre [1877-1941]), dans le chapitre « Les piqueurs du métro ».
Sur cette base, et sans trop de transition, Monsieur Sandri introduit ce qui va être le leitmotiv de son explication centrale et finale du « phénomène Grand Lunaire ». Ainsi, pour le citer directement : « C’est significatif dans d’autres écrits de Pierre Geyraud : on a l’impression que le Dr Rouhier est la cible d’une opération ».
Mais qui était ce fameux Dr Rouhier ?
Né en 1880 (et non pas en 1875 ou en 1888, comme on peut le lire parfois), Alexandre Rouhier s’engagea au début du XXe siècle dans des études universitaires pharmacologiques qui aboutirent à une thèse de doctorat, toujours rééditée (première édition en 1926), sur le peyotl, célèbre cactée hallucinogène mexicain. Ceci expliquant son titre de « docteur » (en pharmacologie). C’est à la fin de l’automne 1929, alors que se profilait les débuts d’une crise économique mondiale, que Mary Shillito et René Guénon fondèrent la librairie Véga (et la collection « L’Anneau d’Or »), dont Rouhier était devenu le directeur commercial. Se séparant de Guénon après un voyage au Caire – où il resta jusqu’à sa mort –, Mary Shillito sur le conseil de son nouveau mari, Ernest Britt, céda l’ensemble de son affaire au Dr Rouhier, qui resta donc le patron des éditions et de la librairie Véga jusque dans les années 60 (sachant que sous l’Occupation, il se mit au vert à proximité d’Avon, usant de ses connaissances pharmacologiques pour s’efforcer de soigner la proche population en grande pénurie). C’est après une vie bien chargée, incarnant les éditions Véga et sa librairie parisienne pendant plus d’une trentaine d’années, qu’il disparut en 1968 à l’âge de 88 ans.
Champagne !
Puis, passant du coq à l’âne, l’orateur déclare : « Cette société secrète à laquelle appartiennent des gens importants, dans des épisodes ultérieurs, et particulièrement dans le dernier livre paru dans les années 50 [il s’agit en fait de « L’occultisme à Paris », toujours de Geyraud, éd. Emile-Paul Frères, daté de 1953]…, la société aurait eu pour responsable Julien Champagne ».
Nous abandonnons donc Rouhier, à peine entrevu, pour l’artiste, technicien et alchimiste Jean-Julien Champagne (1877-1932), couronné pour la circonstance « chef de la secte », autrement dit Pape Noir.
Or, dans le livre auquel fait allusion Gino Sandri (sans d’ailleurs en citer le titre), il n’est jamais écrit noir sur blanc que Champagne tint précisément ce rôle.
Dixit Geyraud : certes « Il [Champagne] fonda la Fraternité d’Héliopolis (…) que certains occultistes croient être (…) fort étendue et puissante (…) » [op. cit., p.74], mais quant au « Grand Lunaire »/THL « Il contribua à constituer dans les parages de l’église Saint-Merri une société secrète très fermée (…) », et plus loin sur la même page, l’auteur écrivait dans une parenthèse « M. S., qui devait jouer un rôle important dans la société luciférienne » [op. cit., chapitre « Alchimie », p.75].
Il nous paraît clair, qu’entre Champagne qui a « contribué à constituer » le « Grand Lunaire », donc à fonder, avec d’autres, ladite fraternité, et Monsieur S. (autrement dit Gaston Sauvage) « qui devait jouer un rôle important » dans la même sodalité, il y a de fortes chances pour que ce soit plutôt le second qui fut, au moins dans la période du décès de Champagne – donc au début des années 30 – le fameux Pape Noir. Et, là encore, nous n’avons trouvé nulle part la trace historique que J-J Champagne fut, à un moment ou un autre, le Grand Maître de la « secte ».
Puis, Monsieur Sandri termine provisoirement sur le cas de Julien Champagne, en rappelant à sa manière, ce qu’écrivait Pierre Geyraud en son temps (op. cit.) : qu’Eugène Canseliet était son voisin de palier, rue Rochechouart à Paris, et que Champagne serait décédé dans d’atroces souffrances liées à une gangrène, dont la légende prétend que c’est ainsi que la « secte » lui aurait fait payer la trahison de secrets.
De l’initiation luciférienne
Une fois de plus, sans transition, nous passons à l’épisode de « l’initiation anonyme », là encore, sans référence précise, où le discoureur va littéralement « réécrire » oralement une partie du chapitre « Les Néo-palladistes » contenu dans « Les religions nouvelles de Paris » de P. Geyraud (éd. Emile-Paul Frères, pp.159-171, 1937).
Il s’agit, en l’occurrence, d’une description de l’initiation luciféro-sataniste d’un groupe très secret qui s’avérera être le THL alias Grand Lunaire, d’après les publications ultérieures du même.
Le rendez-vous de l’impétrant en face de Notre-Dame de Paris, la limousine qui s’arrête et le « grand S. » assis en face du candidat…, mais là, déjà, Gino Sandri brode sur les détails : dans le texte original (qui fait foi), Geyraud ne parle pas de limousine, mais seulement d’une « voiture longue et silencieuse », et le « grand S. » dans cette voiture n’est certainement pas assis en face de l’impétrant, mais « dans le coin gauche de la voiture, enfoncé, tassé sur la profonde banquette (…) » (op. cit., p.162), pour le coup, c’est un détail, mais la description n’est pas celle de deux banquettes, mais d’une seule, et quand le « grand S. », Gaston Sauvage donc, dit bien à son interlocuteur « asseyez-vous près de moi, là ! », on comprend que le candidat doit s’asseoir à côté de lui, et non pas en face.
Bref, Monsieur Sandri exagère la scène, et sa réflexion, « on ne se refuse rien », au sujet de la puissance matérielle du THL, est finalement bien superfétatoire.
Cela fait, il en profite pour rappeler qui était Gaston Sauvage : « ingénieur chimiste chez Poulenc, qui aurait eu un rôle important pendant la Grande Guerre en tant que chimiste auprès de l’Armée », ajoutant « et évidemment on retrouve Jules Boucher et la proximité du Dr Rouhier ».
Mais, bizarrement, l’intervenant ne donne aucunement les années de naissance (1897) et de décès (1968, comme Alexandre Rouhier) dudit Gaston Sauvage – alors qu’il doit fort certainement les connaître – qui est parisien autant de naissance que de mort. Ce qui nous permet d’ailleurs de déterminer sa tranche d’âge, durant l’initiation qui s’était déroulée dans les années 30, peut-être 1935 ou 1936 (au vu de l’année de parution du livre de Geyraud) : nous donnant donc l’âge approximatif de 38 ou 39 ans du « grand S. » dans la pseudo-limousine.
Gino Sandri ne précise même pas que le chimiste Sauvage, dès l’âge de 25 ans, aurait lui aussi fait partie de la Fraternité des Chevaliers d’Héliopolis, ce groupe d’alchimistes mené par Julien Champagne (voir ci-dessus), qui aurait assisté, en 1922, à une transmutation opérée par Fulcanelli soit dans les locaux de l’usine à gaz de Sarcelles où travaillait Canseliet, soit dans la cheminée de la chambre de ce dernier.
Et mieux encore, Monsieur Sandri, fait aussi mine de ne pas savoir que Gaston Sauvage habitait dans un appartement de la rue des Gravilliers, dans ce fameux 3ème arrondissement, ce quartier du Temple, dont il nous parlait au début de son exposé au sujet de Pierre Geyraud, à une rue à peine où le même Geyraud affirmait l’existence du sanctuaire principal (qu’il nommera plutôt « occultum principal »), cette loge-mère souterraine du THL où se tient justement l’initiation en question – cette rue étant la rue Chapon, comme il le précisera dans « Les sociétés secrètes… », op. cit., p.115.
De là à supposer que ledit sanctum sanctorum était dans la rue des Gravilliers, plutôt que dans la rue Chapon, il n’y a qu’un pas, comme entre ces deux longues rues parisiennes et parallèles.
Il se pourrait même, dans ce cas exact, que cette mystérieuse cave gothique fut très proche du domicile de Monsieur Sauvage, voire qu’elle fut sous l’immeuble de celui-ci, et donc, peu ou prou sous sa surveillance. Mais cela reste à étudier et si possible à élucider.
Or, Gino Sandri (qui est un homme avisé et de grande expérience) puise aux mêmes sources historiques que nous, il sait donc tout cela et connaît parfaitement ces hypothèses historiques, mais il préfère les éluder car elles n’arrangent pas son propos. Et l’orateur continue dans l’exagération, pour visiblement renforcer son discours.
Ainsi, détail encore, quand l’impétrant « descend dans les caves », il entend de « l’orgue avec des chœurs », là où Geyraud rapporte : « (…) j’entendais des bruits de conversations, et, plus lointain, le son d’un orgue, et l’odeur d’étranges parfums me montait au cerveau. » (op. cit., p.163), et plus loin : « De nouveau, j’entendis (…) le son de l’orgue et discrètement plusieurs violons, faisaient entendre une sorte de chant magique arabe, très rythmé. » (op. cit., p.164), mais de chœurs que nenni.
Poussé par son élan, Monsieur Sandri va plus loin, il établit une comparaison encore plus audacieuse : « et c’est une scène qui est exactement semblable à celles du dernier film de Stanley Kubrick, y compris dans l’accompagnement musical, Kubrick qui a tiré son scénario d’un auteur autrichien, ce n’est pas Musil, c’en est un autre… ».
Désespérément, et plus que jamais ici, exagération et approximation sont les deux mamelles de Gino Sandri, car à la lecture du témoignage rapporté par Geyraud, nous sommes à des années-lumière du Eyes Wide Shut (1999) de Kubrick (dont, évidemment, l’orateur avait oublié le titre) et nous ajouterons à l’instar de Monsieur Sandri : « y compris dans l’accompagnement musical ». Il suffit de dire que le sanctuaire est une grande salle souterraine médiévale avec des arcs boutants, alors que le lieu secret dans Eyes Wide Shut ressemble à un grand palais vénitien, ou encore que les initiés du THL possèdent un code vestimentaire précis suivant leur grade et fonction, et qu’ils ont une cagoule assortie, alors que chez Kubrick il y a des capes et des masques variés qui tiennent d’ailleurs de l’esthétique du carnaval de Venise. La musique chez Geyraud, nous l’avons vu précédemment, est jouée sur de l’orgue et des violons évoquant une mélodie orientale « arabe », alors que la musique du film de Kubrick sont des chœurs catholiques inversés.
Et de surcroît, l’histoire originale (dont l’orateur a oublié à la fois le titre et l’auteur, il s’agit en fait de la Traumnovelle, « La nouvelle rêvée » parue en 1926, d’Arthur Schnitzler [1862-1931]) n’a rien à voir avec le texte de Geyraud. Ce dernier nous parle d’une initiation luciféro-sataniste, alors que la fiction rapporte un rêve psychanalytique sur les passions tristes d’un homme confronté à son couple vieillissant.
Mais, dans la description de Gino Sandri, le méli-mélo mental culmine littéralement, qu’on en juge sur pièces, d’après lui l’acmé du rite initiatique du THL est cela : « Puis, il y a le Grand Maître du Grand Lunaire qui a une sorte de canne avec laquelle il frappe le sol, et les couples vont se former et faire une ronde pour exécuter une sorte de rituel, et le Grand Maître qui est en pleine méditation devant ce spectacle, canalise les forces émises par les couples vers la cible que l’on veut atteindre », ajoutant le détail final et anecdotique des crapauds explosant dans des cages pendues au plafond.
Tout cela est bien beau, mais mis à part le dernier détail, Geyraud n’a jamais décrit cette partie de la cérémonie comme cela. Le témoignage contenu dans « Les religions nouvelles… » (op. cit.), ne parle aucunement de canne, ou équivalent, ni de son usage pour frapper le sol (comme le Vénérable maître d’une loge maçonnique le ferait avec son maillet pour diriger les travaux lors des tenues). De même, les couples n’exécutent pas une ronde autour du Pape Noir.
Que celui-ci « canalise les forces émises par les couples… », c’est par contre le cas, comme le rapporte Geyraud : « Et toute la puissance psychique de ce coït collectif, il l’absorbe en lui « pour la plus grande gloire de l’Ordre ». » (op. cit., p.169).
En fait, toute la partie visuelle de ce que raconte Monsieur Sandri provient de ses souvenirs de Eyes Wide Shut, tout simplement. Confusion donc , encore et toujours.
Que n’a-t-il fait référence à « La neuvième porte » (1999) du sulfureux Roman Polanski, et à la scène de la messe noire dans le sanctuaire souterrain du château, sans parler de la thématique de pure mystique luciféro-sataniste propre au scénario ! Ou encore aux éléments rituels significatifs contenus dans le « Sherlock Holmes » (2009) du réalisateur Guy Ritchie.
Confusions et déformations
Lancé dans son élan, l’intervenant se permet brusquement un raccourci nous ramenant à l’autre livre de Geyraud, « Les sociétés secrètes… » paru un an après « Les religions nouvelles… », et le complétant. Il s’agit en fait d’un brouillon de raccourci, sans référencement comme d’habitude :
« Geyraud complète le tableau en expliquant qu’il y a trois grades qui se réunissait dans trois lieux différents, un dans les sous-sols de St-Merri, un autre dans le 13ème arrondissement, et un autre dans le vieux Paris ».
Or, le texte dudit Geyraud est bien différent :
« Les néophytes reçoivent leur affiliation chez un chef de section, qui demeure près de la place d’Italie. Une des pièces de son appartement est aménagée en occultum, c’est-à-dire en loge secrète.
Au deuxième degré, les affiliés sont reçus chez un autre chef, rue de Crussol. Il y a là un petit oratoire luciférien, tendu de bleu, avec des broderies et des pentacles. Au troisième et dernier degré, les initiés se réunissent dans l’occultum principal, rue Chapon, précisément dans la paroisse Saint-Merri. La salle est tendue de rouge. Le Baphomet grimace derrière des rideaux rouges. Dans une cage, des crapauds, « animaux sataniques ». Là se fait l’enseignement suprême (…) » (op. cit., pp.114-115).
Résumons-nous. Ne se souvenant plus précisément de l’ordre exact des lieux en rapport aux trois types d’initiation, Gino Sandri nous donne donc tout cela façon puzzle. Et si la citation du 13ème arrondissement correspond à la loge « près de la place d’Italie », on cherchera vainement la rue Crussol dans le vieux Paris, qui correspond plutôt aux « sous-sols de St-Merri » déjà cités, qui d’ailleurs sont mentionnés dans des reportages, ou des ouvrages (tels ceux de Jean-Paul Bourre) des années 70-80, mettant en scène la faune interlope de « lucifériens » et « satanistes » ignorants (et souvent drogués) qui confondaient « la paroisse Saint-Merri » où l’on trouve la rue Chapon (lieu de « l’occultum principal ») comme l’écrit Geyraud, et l’église St-Merri elle-même qui comporte certes un « Baphomet » sur sa façade, et évidemment une crypte gothique. Bref, une fois de plus : confusion et déformation.
Ici se termine la première partie de notre critique. La seconde partie consistera à persévérer dans notre exploration du dédale et des torsions de l’exposé de Gino Sandri, où la « mise à plat » du discours peu structuré de l’orateur persiste à ne pas résister au feu d’une analyse raisonnée et référencée.