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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

L’antimaçonnisme à l’heure des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle

Jiri Pragman

Jiri Pragman

Jiri Pragman (jiri.pragman@gmail.com) est auteur, communicant et créateur numérique. On lui doit en particulier : Antimaçonnique. La fabrique numérique du soupçon et Intelligence artificielle et franc-maçonnerie. La Pierre et la Puce" (Numérilivre, 2026) 

Tu as été le fondateur d’Hiram.be en 2004 et tu as passé la main à Géplu L’activité de blogueur te manquait ?

J’ai passé la main à Géplu en mars 2014. La reprise du Blog Maçonnique sous sa direction a été annoncée le 15 mars 2014. (Hiram.be)

L’activité de blogueur ne me manquait pas du tout. J’ai d’ailleurs observé depuis la disparition de nombreux blogs, mais aussi la transformation de certains sites. Chez les uns, ils sont devenus essentiellement des supports publicitaires ; chez un autre, une  véritable ferme  à contenus, où la nécessité de publier toujours davantage semble avoir pris le pas sur l’intérêt, la vérification ou la qualité de l’information. Quand il ne s’agit pas de désinformer.

Ce que je fais aujourd’hui avec antifm.substack.com me paraît assez différent. Il ne s’agit pas de retrouver le rythme du Blog Maçonnique, qui imposait une veille et une publication quasi quotidiennes. ANTIFM est davantage pour moi un outil d’observation, de recherche et de publication. Il possède son propre rythme, qui est aussi le mien. Je peux consacrer plusieurs jours à un sujet, revenir sur une information, compléter un dossier ou, au contraire, abandonner une piste lorsque les éléments disponibles ne me paraissent pas suffisamment solides.

Pourquoi investir sur l’antimaçonnisme plutôt que sur d’autres sujets ?

D’abord parce que j’y ai été confronté très tôt en effectuant mes recherches pour le Blog Maçonnique créé en 2004, devenu Hiram.be. Dès que l’on s’intéresse à la franc-maçonnerie sur Internet, on rencontre nécessairement son envers : les accusations, les fantasmes, les théories du complot, mais aussi, et il faut les distinguer, des critiques de la franc-maçonnerie qui peuvent être parfaitement légitimes.

J’avais déjà consacré en 2014 un livre à l’antimaçonnisme contemporain édité par Télélivre. Mais ce qui s’est produit depuis ne pouvait pas être traité par une simple mise à jour. Le numérique n’a pas nécessairement inventé de nouvelles accusations. Une grande partie des récits actuels recycle des thèmes qui remontent parfois au XVIIIe ou au XIXe siècle. Il a en revanche profondément modifié leur circulation, leur vitesse de propagation, leur mise en images et surtout leur capacité à s’agréger à d’autres théories complotistes.

C’est précisément cette mutation qui m’intéresse aujourd’hui. Comment une vieille accusation antimaçonnique peut-elle être remise en circulation sur X, Telegram, YouTube ou TikTok, associée presque instantanément à une affaire d’actualité, puis intégrée à un récit beaucoup plus vaste sur les élites, les vaccins, la pédocriminalité, le satanisme, le « Deep State » (État profond) ou un prétendu gouvernement mondial ?

L’objet de recherche n’est donc plus seulement l’antimaçonnisme. C’est l’antimaçonnisme à l’ère de l’algorithme.

Vu la fréquence de tes publications, tu sembles posséder une masse de documentation. Comment l’as-tu constituée ?

Ma mémoire s’appuie sur des livres, des travaux universitaires, des archives de presse, des publications maçonniques et antimaçonniques, des documents historiques, des sites web et, désormais, des matériaux beaucoup plus volatils : publications sur les réseaux sociaux, vidéos, podcasts, chaînes Telegram, comptes X, publications Facebook ou contenus diffusés sur des plateformes alternatives.

Les méthodes de recherche ont, elles aussi, profondément évolué. Comme je l’explique dans Intelligence artificielle & franc-maçonnerie. La Pierre et la Puce, publié chez Numérilivre en 2026, l’intelligence artificielle peut devenir un outil extrêmement efficace pour ce type de travail, à certaines conditions.

Elle permet de repérer des pistes, d’interroger des corpus importants, de comparer des données, de rechercher des relations entre des personnes, des organisations, des concepts ou des événements. Elle permet également de gagner énormément de temps dans certaines opérations de classement ou de confrontation des données.

Mais il serait très dangereux de lui déléguer la recherche. J’utilise plusieurs outils afin de croiser les résultats de différents outils et, surtout, je reviens aux sources. Une IA peut inventer une référence, confondre deux personnes, attribuer une citation au mauvais auteur, mélanger deux événements ou transformer une hypothèse en fait établi. La connaissance préalable du sujet reste donc indispensable. Elle permet de poser les bonnes questions, mais aussi de repérer immédiatement certaines réponses invraisemblables et de savoir quelles informations exigent une vérification manuelle.

L’IA accélère la recherche ; elle ne dispense ni du travail documentaire ni de l’esprit critique. Je dirais même qu’elle les rend encore plus nécessaires.

Les deux. Mon livre de 2014, publié chez Télélivre, constitue aujourd’hui à la fois un point de départ et une source. Je l’ai intégré dans le corpus documentaire de mes propres IA. Je peux donc confronter cet état des lieux de l’antimaçonnisme au début des années 2010 avec les matériaux recueillis depuis et mesurer les continuités, mais aussi les transformations.

Et celles-ci sont considérables. Certains acteurs présents en 2014 ont disparu ou sont devenus beaucoup moins visibles ; d’autres sont apparus. Surtout, les frontières entre différents univers complotistes se sont considérablement estompées.

En 2014, l’antivaccinalisme existait bien sûr, mais il n’avait pas la puissance de mobilisation et de circulation qu’il a acquise à l’occasion de la pandémie de Covid-19. QAnon n’existait pas encore en tant que phénomène. On ne rencontrait pas non plus, avec la fréquence que l’on constate aujourd’hui, des récits associant dans un même ensemble franc-maçonnerie, platisme, « élites sataniques », réseaux pédocriminels, « Deep State », transhumanisme, Forum économique mondial ou gouvernement mondial.

C’est ce phénomène qui est qualifié de conspirationnisme de fusion. Des théories qui pouvaient autrefois circuler dans des milieux relativement distincts s’agrègent aujourd’hui dans un système explicatif global. On peut passer très rapidement d’un discours antivaccinal à une dénonciation du Forum économique mondial, puis de celui-ci aux Rothschild, aux Illuminati, à la franc-maçonnerie, au satanisme ou à la pédocriminalité.

La franc-maçonnerie trouve très facilement sa place dans ce système parce qu’elle constitue depuis longtemps l’une des figures privilégiées de l’organisation secrète supposée agir derrière les événements.

Mon livre de 2014 est donc devenu une sorte de point zéro documentaire. Il permet de mesurer à la fois ce qui demeure — et certains thèmes antimaçonniques ont une remarquable longévité — et ce que le numérique, les réseaux sociaux et les nouvelles cultures complotistes ont accéléré, transformé ou hybridé.

Aujourd’hui le complotisme passe essentiellement par la toile. Est-il plus dangereux ?

Il serait sans doute excessif de considérer que le numérique rend mécaniquement chaque discours complotiste plus dangereux. En revanche, il lui offre des conditions de diffusion, de répétition et de renforcement qui n’existaient pas auparavant.

Les plateformes recommandent des contenus en fonction de nos comportements. Une personne qui manifeste de l’intérêt pour certaines théories peut donc être progressivement exposée à des contenus voisins, puis parfois de plus en plus radicaux. Ce que l’on appelle communément la bulle algorithmique n’est pas un espace absolument étanche, mais les mécanismes de recommandation peuvent favoriser une répétition des mêmes récits.

À cela s’ajoute l’effet communautaire. L’utilisateur rencontre d’autres personnes qui partagent ses convictions, utilisent le même vocabulaire, diffusent les mêmes images et interprètent l’actualité avec les mêmes grilles de lecture. La répétition finit alors par créer une impression de validation : puisque je retrouve cette information partout dans mon environnement numérique, elle doit être vraie.

Le problème devient beaucoup plus sérieux lorsque l’on ne parle plus d’une critique de la franc-maçonnerie mais d’une représentation dans laquelle les francs-maçons seraient collectivement responsables de la corruption politique, de la pédocriminalité, du satanisme, de la disparition des religions, de la destruction de la famille, d’une « culture de mort »  ou de l’organisation d’un gouvernement mondial. La désignation répétée d’un groupe comme ennemi et la libération d’une parole de plus en plus violente peuvent, chez une infime minorité, favoriser le passage de la parole à l’acte.

Le bannissement ne règle d’ailleurs qu’une partie du problème. Des utilisateurs exclus des grandes plateformes peuvent très facilement se déplacer vers Telegram, Odysee, Rumble, Gab ou d’autres espaces moins modérés. Ils y rejoignent parfois des communautés qui se définissent elles-mêmes comme « dissidentes », « résistantes » ou victimes de la censure. Le bannissement peut alors être réinterprété comme la confirmation que « le système » cherche à empêcher la révélation de la vérité.

Le danger d’une réception favorable du discours antimaçonnique est-il toujours aussi fort ?

Je pense qu’il est aujourd’hui particulièrement important parce que l’antimaçonnisme possède une extraordinaire capacité d’adaptation à l’actualité.

Presque tout événement suffisamment spectaculaire peut être réinterprété à travers une grille antimaçonnique. Un scandale politique, une affaire criminelle, une crise sanitaire, une guerre ou une décision internationale provoquent presque immédiatement la recherche d’une connexion maçonnique. On cherche un protagoniste qui aurait été franc-maçon, une photographie comportant un symbole supposé maçonnique ou une relation, même très éloignée, permettant de raccorder l’événement au récit préexistant.

Le lien devient à une loge pour que cette appartenance soit transformée en explication causale de l’ensemble de ses actes.

L’affaire Epstein en fournit un bon exemple. Elle a constitué une matière particulièrement favorable aux récits contemporains sur les « élites pédocriminelles ». Dans certains espaces complotistes, cette affaire a été raccordée à QAnon, au satanisme, aux Illuminati et à la franc-maçonnerie.

Le mécanisme est intéressant parce qu’il inverse celui de l’enquête. On ne part plus des faits pour tenter de construire une explication. On dispose d’abord d’un système explicatif, puis on cherche dans les faits tout ce qui pourrait le confirmer. Les éléments qui ne correspondent pas au récit sont ignorés ; ceux qui peuvent l’alimenter sont sélectionnés et amplifiés.

Existe-il en ce domaine une ambiguïté entre fiction et complot ?

Oui, et cette frontière mériterait à elle seule une étude. La fiction a évidemment tous les droits. Un romancier peut imaginer une loge criminelle, une société secrète millénaire, un Vatican occulte ou un complot maçonnique universel.

Le problème apparaît lorsque les codes de la fiction et ceux du documentaire deviennent difficiles à distinguer. Certains romans jouent précisément de cette ambiguïté : documents authentiques mélangés à des documents inventés, personnages historiques réels côtoyant des personnages fictifs, références exactes associées à des organisations imaginaires. Le procédé est parfaitement légitime sur le plan littéraire, mais tous les lecteurs n’identifient pas nécessairement avec la même facilité ce qui appartient à l’histoire et ce qui appartient au dispositif romanesque.

Il existe ensuite un phénomène de rétroaction encore plus intéressant. Une invention fictionnelle peut être reprise sur Internet sans indication de son origine, devenir une « information », être copiée par plusieurs sites puis, quelques années plus tard, apparaître dans une vidéo ou un article comme un fait déjà largement documenté.

La fiction ne crée donc pas nécessairement le complotisme. Elle peut en revanche lui fournir des images, des personnages et des scénarios que celui-ci récupère en les débarrassant progressivement de leur statut fictionnel.

Comment qualifierais-tu politiquement l’antimaçonnisme d’aujourd’hui ?

Je me garderais précisément de lui attribuer une couleur politique unique. Historiquement, certaines formes d’antimaçonnisme ont été très fortement associées à l’extrême droite nationaliste, à l’antisémitisme ou à certains milieux catholiques. Ces traditions existent toujours, mais elles ne suffisent plus à décrire l’écosystème contemporain.

Je préfère parler de plusieurs sphères antimaçonniques, entre lesquelles existent de nombreuses zones de recouvrement.

Il subsiste une sphère catholique traditionaliste ou intégriste, pour laquelle la franc-maçonnerie constitue une force opposée à l’Église et à l'ordre chrétien. Il existe une sphère nationaliste, identitaire ou d’extrême droite qui reprend les thèmes de l’influence occulte, des élites mondialisées ou de la destruction des identités nationales. Une sphère souverainiste et antisystème voit dans la franc-maçonnerie l’un des réseaux d’une oligarchie politique et financière.

Une autre sphère est proprement conspirationniste. Elle associe, selon des combinaisons variables, francs-maçons, Illuminati, Rothschild, Bilderberg, Forum économique mondial, « Deep State », réseaux pédocriminels, satanisme et gouvernement mondial. Depuis quelques années, cette sphère communique aussi avec des milieux issus de QAnon, de l’antivaccinalisme, de certaines spiritualités New Age ou de discours que je qualifierais de « vibratoires ».

Il existe également des antimaçonnismes religieux différents selon les pays et les traditions, notamment dans certains courants fondamentalistes chrétiens ou musulmans. Enfin, d’anciens francs-maçons développent leur propre discours critique ou franchement antimaçonnique, avec des degrés de radicalité très variables.

Toutes ces sphères ne constituent évidemment ni un mouvement organisé ni un ensemble idéologiquement cohérent. Certains de ces milieux peuvent même être politiquement, religieusement ou culturellement incompatibles entre eux. Mais ils peuvent désormais partager une même vidéo, une même image ou une même accusation. C’est précisément cette circulation transversale qui me paraît nouvelle et qui donne toute son importance au conspirationnisme de fusion.

Est-ce toute la franc-maçonnerie qui est visée ?

Le paradoxe est que les antimaçons parlent généralement de « la franc-maçonnerie » au singulier alors que les réalités maçonniques sont extrêmement diverses. Une obédience libérale française ou belge, la United Grand Lodge of England, une Grande Loge américaine ou une obédience scandinave peuvent avoir des conceptions très différentes de la religion, de la politique, de la mixité et même de ce que doit être la franc-maçonnerie. Cette diversité disparaît presque complètement dans le récit antimaçonnique.

Il existe notamment un antimaçonnisme très français, nourri par l’histoire politique du pays : la Révolution française, les affrontements entre République et Église, l’anticléricalisme, l’affaire des fiches, la laïcité ou encore le rôle réel ou supposé du Grand Orient de France dans la vie politique. Une grande partie du discours antimaçonnique français construit donc son adversaire à partir de la maçonnerie libérale et adogmatique française.

Mais les mêmes auteurs généralisent ensuite leurs conclusions à toutes les franc-maçonneries. La distinction entre la maçonnerie dite régulière ou reconnue et la maçonnerie libérale ou adogmatique est très rarement prise en considération. L’Église catholique n’opère d’ailleurs pas davantage cette distinction lorsqu’elle juge l’appartenance maçonnique incompatible avec la doctrine catholique. Le fait qu’une obédience exige la croyance en Dieu ou en un Être suprême ne suffit donc pas à lever cette incompatibilité.

Le cas britannique est particulièrement intéressant parce qu’il montre que la suspicion envers la franc-maçonnerie n'est nullement limitée aux maçonneries libérales du continent. Le 11 décembre 2025, la Metropolitan Police de Londres a ainsi décidé d’ajouter l’appartenance maçonnique aux associations devant obligatoirement être déclarées par ses policiers et membres du personnel. L’United Grand Lodge of England, l’Order of Women Freemasons et la Honourable Fraternity of Ancient Freemasons ont conjointement contesté cette décision. Leur demande de contrôle juridictionnel n’a finalement pas été autorisée à se poursuivre en février 2026 et les obédiences ont ensuite décidé de ne pas faire appel.

Mais un autre événement me paraît particulièrement significatif. Dès 2024, l’United Grand Lodge of England s’était associée aux deux principales obédiences féminines anglaises, l’Order of Women Freemasons et la Honourable Fraternity of Ancient Freemasons, afin de créer le Council for Freemasonry in England and Wales. Sa première réunion s’est tenue le 1er juillet 2024. L’un des objectifs explicitement annoncés était de combattre les représentations infondées ou erronées de la franc-maçonnerie et de mieux faire connaître celle-ci au public.  La Grand Lodge of Scotland a ensuite rejoint le Conseil en 2025, étendant son champ à la Grande-Bretagne et donnant naissance au Council for Freemasonry in Great Britain. L’adhésion écossaise a été publiquement mise en avant par l’UGLE en juillet 2026.

Il ne s’agit pas exactement de l’équivalent de l’Observatoire de l’Antimaçonnisme évoqué le 18 avril 2026 lors de la journée d’étude « ANTIFM 3.0. Antimaçonnisme aujourd’hui » et en cours de constitution : ses missions sont plus larges et concernent également la coopération entre obédiences, leur visibilité, leurs actions dans la société et leur développement. Mais la volonté de répondre aux idées fausses et aux préjugés concernant la franc-maçonnerie fait explicitement partie de sa raison d’être.

Je trouve cette évolution révélatrice. Une maçonnerie britannique qui a beaucoup investi dans l’ouverture au public éprouve elle aussi la nécessité d’organiser une réponse collective aux représentations erronées de la franc-maçonnerie. L’antimaçonnisme contemporain n’est donc certainement pas une particularité française.

L’Intelligence artificielle est-elle une force pour nos ennemis ?

Elle peut l’être. Mais je préfère considérer l’intelligence artificielle comme un outil plutôt que comme une force autonome. Et cet outil réduit considérablement le coût, le temps et les compétences nécessaires à la production d’un contenu de propagande. Il devient possible de fabriquer en quelques minutes une image spectaculaire, un faux document, une voix synthétique, un montage vidéo ou des dizaines de variantes d’un même message adaptées aux différents réseaux sociaux.

Dans le domaine antimaçonnique, cette capacité est d’autant plus efficace que l’imaginaire complotiste est extrêmement visuel. Temples plongés dans l’obscurité, silhouettes encapuchonnées, œil omnivoyant, pyramides, pentagrammes, symboles maçonniques, hommes politiques réunis autour d’une table secrète : l’IA permet de fabriquer industriellement cette iconographie et de lui donner une apparence de plus en plus vraisemblable.

Mais l’outil n’appartient évidemment pas aux antimaçons. Rien ne nous empêche de l’utiliser à notre tour pour analyser leurs discours, rechercher l’origine d’une affirmation, comparer des documents, constituer des corpus, cartographier des réseaux ou préparer une vérification factuelle.

C’est notamment là qu’intervient le debunking. Le terme désigne le travail qui consiste à déconstruire méthodiquement une affirmation fausse ou trompeuse : retrouver son origine, examiner les preuves invoquées, revenir aux documents primaires, replacer une citation dans son contexte et montrer où se situe l’erreur, la manipulation ou le saut logique.

Il ne faut cependant pas se faire trop d’illusions sur l’efficacité de cette démarche auprès des personnes les plus radicalisées. Celui qui est profondément enfermé dans un système complotiste ne changera probablement pas d’avis parce qu’on lui présente une fiche de vérification. Le démenti peut même être interprété comme une preuve supplémentaire : si l’on prend la peine de nier une accusation, c’est que l’on cherche forcément à cacher quelque chose.

Le véritable public du debunking est donc beaucoup plus large. Ce sont les personnes qui hésitent, celles qui découvrent une accusation et cherchent à savoir si elle est fondée, mais aussi les journalistes, les enseignants ou les chercheurs.

Et, dans notre cas, ce sont aussi les Sœurs et les Frères. Beaucoup se trouvent un jour confrontés à des accusations très affirmatives sur la franc-maçonnerie sans disposer immédiatement des éléments nécessaires pour y répondre. Leur fournir des faits, des sources et des arguments constitue donc également une forme de prévention. Le but n’est pas nécessairement de convaincre l’antimaçon convaincu. Il est aussi d’éviter qu’il soit le seul à produire le récit.

 

 

 

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