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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


Petit catalogue des maux politiques français/ Épisode 4 : l’apocalypse

Publié par Joel Jacques sur 16 Janvier 2015, 19:24pm

Catégories : #articles

Petit catalogue des maux politiques français/ Épisode 4 : l’apocalypse

Quand le glas relève de l’acouphène

Julien Vercel

Souvenez-vous de notre peur du « bug » de l’an 2000, tous les systèmes informatiques allaient se bloquer. Souvenez-vous du buzz médiatique sur la fin du monde qui devait intervenir, selon le calendrier maya, le 21 décembre 2012 et le petit village de Bugarach dans l’Aude bientôt saisi par la spéculation foncière puisqu’il devait être le seul épargné. Plus loin encore, il faut se rappeler les succès des sectes « survivalistes » ou suicidaires comme, en 1995 dans le Vercors, lorsque 16 personnes, membres de l’Ordre du temple solaire (OTS) sont tuées et immolées par le feu. Mais à l’heure de la mondialisation, la catastrophe est devenue planétaire…

Cette curiosité alimente l’ambiance favorable à l’apocalyptisme, le scénario permanent de la fin du monde, surtout en période de crise économique et de chômage de masse : après tout, l’apocalypse est une façon radicale de mettre fin aux souffrances, de mettre fin aux inégalités puisque nous sommes tous égaux face à la mort. Il est normal qu’elle trouve un écho dans la tradition politique française, nourrie de bouleversements révolutionnaires et toujours partagée entre l’invention d’une nouvelle société et le retour à un âge d'or fantasmé. Les communismes annonçaient le « lendemain qui chante » (Paul Vaillant-Couturier, Jeunesse, 1937) et les socialistes voulaient « changer la vie » en 1981. La droite n’est pas en reste : la « Révolution nationale » de Philippe Pétain cherchait à rétablir une France d’Ancien régime et le désir de « renverser la table » est rituellement prêté à Nicolas Sarkozy et ses alliés comme Laurent Wauquiez : « Les Français en ont ras-le-bol et ils ont envie de renverser la table » (Le Parisien, 10 novembre 2013). En fait, en France, la « rupture » ou le « changement » sont les mots d’ordre de ceux qui vont gagner les élections, mais « l’apocalypse » est le mot d’ordre de ceux qui ne les ont pas encore gagnées et qui, restés enfants, préfèrent crier « au loup ! ».

C’est pourquoi, aujourd’hui, dans le paysage politique, l’argument apocalyptique s’est d’abord réfugié aux extrêmes : gauche avec Jean-Luc Mélenchon qui écrit Qu’ils s’en aillent tous ! Vite, la révolution citoyenne (Flammarion, 2010) et droite avec le Front national qui agite la peur identitaire ou encore avec La Manif pour tous qui annonce la fin de la famille parce que les homosexuels ont désormais le droit de se marier.

La fin du monde est la version délirante du pessimisme. Cette idée relève d’un processus de psychose que Sigmund Freud avait décrit dans Au-delà du principe de plaisir (1920) et qui possède plusieurs caractéristiques : la volonté de retrait du monde externe et la tendance au retour à l’état inorganique pour résoudre les tensions insupportables du monde actuel.

Lorsqu’ils sont connectés à l’idée de déclin, les scénarios politiques d’apocalypse font miroiter un sens à la confusion née de la « crise », ils proposent une solution plausible parce qu’elle est souvent bâtie à partir d’une expérience personnelle ou d’un fragment de réalité. Surtout ces scénarios reposent tous sur une instrumentalisation de la peur partagée, naturellement, par l’extrême-droite qui se construit sur une vision apocalyptique du futur entre immigration musulmane massive, désindustrialisation et déclassement. Mais, nouveauté, la science prend le relais des discours religieux ou des récits populaires. C’est aussi une certaine écologie qui se sert de la peur quand elle fait de l’apocalypse à venir le guide privilégié de l’action politique. C’est ce qu’argumente Hans Jonas (Le principe responsabilité, éditions du Cerf, 1990) pour imaginer une politique devenue enfin « responsable » par peur des « possibilités apocalyptiques contenues dans la technologie moderne ». Comme si le présent devait être sacrifié au futur, comme si la crainte de l’apocalypse à venir était plus forte que notre honte face aux injustices actuelles, comme si la peur devait remplacer la raison.

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La Maçonne 25/01/2015 20:31

Excellent! J'apprécie l'analyse, tant elle confirme une tendance actuelle. Mais faire peur au foule, n'est ce pas un moyen de les tenir quand les temps sont difficiles?

Arsène 18/01/2015 23:12

Il est bien difficile de placer le curseur entre aveuglement et paranoiä
Mais en tout est de cause, ce texte est salutaire!

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